Intervention agriculture (session juin 2010)

Publié le par Groupe des élus UDB

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Conseil régional de Bretagne  -  Session plénière des 24 & 25 juin 2010

Bordereau sur la Politique Agricole Commune (PAC).

Intervention de Mona Bras pour le groupe UDB autonomie et écologie.

 

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les élus, chers collègues,

 

Nous attendions un grand débat sur l'agriculture comme annoncé, par vous, monsieur le Président lors de la  session du 15 avril. Or, le seul document proposé à notre assemblée est la réponse apportée par notre institution au commissaire européen à l'agriculture, Diaçan Ciolos. Pourtant, les questions de l’agriculture et de l’alimentation commandent un grand débat public et citoyen… et le calendrier européen l’impose de façon urgente, plus urgente que vous ne le pensez et le dites.

 

Les élus UDB ont participé activement aux quatre journées d'auditions et de travail  programmés pour l’élaboration de cette réponse. Si ce texte ne reflète pas l'intégralité  de nos positions, il permet cependant Monsieur le Président, de porter à Bruxelles une position consensuelle sur les constats et des propositions pour sauver les agricultures et les paysans européens parmi lesquels les bretons tiennent une place importante. Nous vous remercions d'avoir intégré les nombreuses propositions des élus UDB et Europe écologie Bretagne et d'avoir accepté notre proposition d'élargir les auditions aux acteurs de la recherche, de l'environnement, de la santé et de la consommation. Car, ainsi que le souligne Diaçan Ciolos s'adressant aux citoyens européens : « La politique agricole commune sert l'ensemble de la société. Elle est destinée non seulement aux agriculteurs, mais aussi à vous, donc à nous tous, citoyens européens -. L'agriculture européenne concerne la sécurité alimentaire, mais également les paysages, l'emploi, l'environnement les zones rurales et le changement climatique en Europe. Aidez-nous à élaborer une politique qui y réponde au mieux! »

 

Après cette introduction, j'aimerais citer les propos récents et surprenants de Jean Salmon, ancien président de la Chambre régionale d'agriculture :

"Pendant cinquante ans nous avons participé à la construction d'un modèle agricole unique qui s'est imposé à tous les écosystèmes. Aujourd'hui, les écosystèmes vont imposer des modèles agricoles adaptés aux territoires".

 

Mes chers collègues, je ne peux que faire miens ces propos qui confortent les analyses que nous développons depuis des années. Il ne s'agit pas de stigmatiser  ou de culpabiliser les agriculteurs ou les producteurs bretons qui ont répondu à la commande de l'Etat et de la société. Rappelons-nous : il fallait nourrir la France après la seconde guerre mondiale et les tickets de rationnements. Les agriculteurs bretons ont répondu au challenge, ils ont fait passer l'agriculture bretonne du stade d’économie vivrière à celui de puissance agro-alimentaire européenne, ils ont apporté l’abondance des produits alimentaires à bas coûts.  La modernisation de l'agriculture bretonne a fait  partie du sursaut collectif breton des décennies 1950 à 1970. Mais à quel prix ? Le système s’est emballé, de nourrir la France nous sommes passés avec la surproduction structurelle, à une autre injonction : « nourrir le monde et exporter pour rendre excédentaire la balance commerciale ».

 

Les crises structurelles et cycliques ont entraîné une casse sociale et humaine inacceptable. Nous sommes passés, en Bretagne, de 170 000 paysans à 35 000  agriculteurs en quarante ans. L’hémorragie des actifs dans la production n’est pas compensée par les créations d’emplois dans l’industrie agro-alimentaire, qui elle aussi se concentre et perd des emplois aujourd’hui en Bretagne.

 

10% des paysans bretons, se sont résigné à s'inscrire au RSA depuis le début de l'année 2009, et combien sont dans des situations de détresse humaine ? L'association Solidarité Paysanne qui tente de réparer les dégâts sociaux générés par l'agriculture productiviste, nous apprend que dans plusieurs communes du Centre-Bretagne, les derniers des paysans appellent au secours. Le cauchemar d’une campagne vidée de ses paysans d’abord, de ses habitants ensuite, commence à poindre. Nous sommes en état de surproduction chronique et il n’y a jamais eu autant de malnutrition en Europe et dans le monde, ni autant d’inscrits  aux « Restos du cœur » et aux banques alimentaires en Bretagne.

 

Crise structurelle et sociale, crise économique, et évidemment crise environnementale… la pollution de l’eau, les algues vertes en sont les témoignages quotidiens.

 

Laisserons-nous faire ?

 

Notre collectivité doit répondre aux grands défis du XXIème siècle en envoyant des signes forts et non contradictoires.

 

J’insiste sur ce point car, Monsieur le président, la Commission permanente a voté en début d’année la somme de 900.000 euros pour co-financer la nouvelle génération de pulvérisateurs, alors que  l’usage des glyphosates (entendez le fameux Roundup) a été multiplié par deux et les surfaces traitées par quatre depuis 2007, date de la fin des jachères obligatoires. 

 

Autre message contradictoire, mais la Région n’y est pour rien : le désormais célèbre amendement « Le Fur », qui propose de relever le seuil d'autorisation administrative pour les porcheries de 450 à 2.000 places. Provocation ou électoralisme primaire ?

 

Plus globalement, Monsieur le Président, vous le disiez hier, l’agriculture, c’est la vie ! Si nous partageons ces propos… vous permettrez que nous exprimions quelques remarques et interrogations.

 

Nous aurions souhaité une vice-présidence agriculture et alimentation, vous avez créé, une vice-présidence, agriculture et agroalimentaire… et ce n’est pas qu’une nuance. Par ailleurs, nous restons dubitatifs quant aux missions confiées à l’Agence économique régionale, à savoir, développer la stratégie de la filière des industries agro-alimentaires grâce au développement de l’international pour  renforcer le développement économique de la Bretagne.

 

Est-ce à dire que l’objectif n’est que volumes de production avec son cortège de problématiques ? Où sont les objectifs de qualité des productions, d’organisation des circuits courts, de soutien à l’agriculture durable, nombreuse et familiale, de recherche de la souveraineté alimentaire ?

 

Votre « pacte Breton pour l’internationalisation de l’économie de la Bretagne » me donne quelques angoisses puisque l’élément central de notre économie régionale est l’agriculture et l’agro-alimentaire. Avez-vous donc l’ambition de « nourrir le monde » ?

 

En clair, monsieur le Président, nous ne voulons pas que la Bretagne copie le Brésil. Le président du Brésil, monsieur Lula, pour ne fâcher personne, a deux ministres de l’agriculture, un Ministre du développement agraire, chargé du dossier des paysans sans terre, et un Ministre de l’agriculture qui mise sur le rôle exportateur de l’agriculture et sur son importance pour dégager des excédents de la balance commerciale brésilienne. Autrement dit, vous avez dans un même gouvernement, les paysans sans terre et la production intensive de soja OGM qui organise la déforestation et l’expulsion de centaines de milliers de petits paysans.

 

Nous attendons donc avec une certaine impatience le débat régional sur l’agriculture bretonne.

 

Nous pouvons déjà dire que nous sommes favorables à une évolution quantitative de notre trop modeste budget agricole régional, et évidemment à une évolution qualitative… de notre point de vue,  il doit être entièrement dédié à la conversion de l’agriculture vers ce que Gérard Maisse de l’INRA qualifie d’agriculture écologiquement intensive ou d’éco-agriculture productive sans OGM ni intrant chimique bien sûr. J’apporte cette précision car tout comme certains classent le nucléaire dans les énergies renouvelables, certains apprentis sorciers définissent l’agriculture écologiquement intensive en y incluant les OGM et l’usage des intrants chimiques. Ce qui est absolument à l’opposé de l’agriculture écologiquement productive telle que nous l’entendons.

 

Notre responsabilité politique est donc d'impulser un virage qualitatif, seul élément générateur de plus-values économiques, humaines, sociales et environnementales. Ce virage qualitatif est le seul à pouvoir stopper les hémorragies d’emplois, à pouvoir créer de nouveaux emplois.

 

Notre obligation de cohérence est d’appliquer dès demain à notre collectivité les orientations agricoles que nous avons écrit ensemble pour répondre aux questions de Diaçan Ciolos.

 

Je vous remercie.

Publié dans Agriculture-pêche

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