Motion apiculture

Publié le par Groupe des élus UDB

oiseau seulConseil régional de Bretagne                                                 

Session plénière des 21 et 22 octobre 2010                                                                                 

Groupe UDB-Autonomie et écologie

 

Intervention de Mona BRAS


 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

Cette motion aurait du être présentée par mon collègue Christian Guyonvarc’h qui vient de nous quitter pour pouvoir prendre son train.

 

Le temps nous presse à cette heure tardive de la soirée. Cependant cette motion est très importante. En effet, les abeilles sont les sentinelles de la dégradation de l’environnement, et n’oublions jamais que l’espèce humaine est en bout de chaîne alimentaire. Les abeilles sont aussi les ouvrières laborieuse de la vie sur terre. Elles sont un rouage irremplaçable  de la flore terrestre et de l’agriculture donc de l’alimentation animale et humaine. Elles assurent la pollinisation de 80% des plantes les plus répandues dans le monde. Plus de 40% de notre alimentation dépend exclusivement, j’ai bien dit exclusivement, de l’action pollinisatrice des abeilles. Ce travail est estimé à 117 milliards de dollars par an, estimation du banquier Stern dans son rapport sur le coût du changement climatique.

 

Ce constat souligne l’étroite collaboration entre apiculture et agriculture, collaboration on ne peut plus importante dans une région agricole comme la notre.

 

La   motion qui vous est proposée, Monsieur le Président a été adoptée à l’unanimité par la commission 5, Monsieur De Legge se réjouissant de pouvoir voter contre le « Gaucho » dans l’enceinte de notre assemblée... de gauche majoritairement.

 

Cette motion est proposée au regard de la crise chronique qui va s’aggravant, crise qui affecte gravement des apiculteurs qu’ils soient professionnels ou pas. Il s’agit d’une proposition de demande de recherche des causes multifactorielles de l’hécatombe des abeilles qui n’épargne pas la Bretagne, et de recherche de préconisations. Cette demande de saisine du Conseil économique, social et environnemental régional et du Conseil scientifique de l’environnement de Bretagne, permettrait d’élargir l’évaluation financière du travail des abeilles à celle de la biodiversité et de son apport à la richesse globale de la Bretagne.

 

Le miel ne représente qu’une infime partie des richesses apportées par les abeilles, la quantité de miel produite en France a été divisée par deux en vingt ans. Les importations de miel qui s’élevaient à 5% il y a vingt, sont aujourd’hui de 50%. La filière économique de l’apiculture est donc en grand danger de disparition.

 

Au nom des élus des groupes UDB-Autonomie-écologie et Europe écologie Bretagne, je vous remercie Monsieur le Président pour l’accueil que vous réservez à cette motion et pour porter la saisine que nous vous demandons d’effectuer auprès du CESER et du CSEB.

 

Je vous remercie.

 

 

 

 

Situation des populations d'abeilles et de l'apiculture en Bretagne au regard des enjeux environnementaux, économiques et sociaux

 

Demande de saisine du Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) et du Conseil scientifique régional pour la réalisation d'une étude assortie de préconisations

 

 

 

De l'urgence de traiter la question en Bretagne

 

Depuis une quinzaine d'années les apiculteurs professionnels, en Bretagne comme dans le reste de la France et dans beaucoup d'autres pays industrialisés (Europe, Amérique du nord, Japon), sont confrontés à une problématique grave : la surmortalité croissante de leur cheptel. La perte annuelle de 30 à 40 % de ruches devient hélas presque normale quand la perte naturelle est inférieure à 10%. Cela peut même aller jusqu’à 70 à 80 % de pertes. Le nombre d’apiculteurs professionnels diminue inexorablement : il n’y a plus que 10 à 15 apiculteurs professionnels par département dans notre région. On constate également une baisse significative du nombre d’apiculteurs amateurs. En France la production de miel a été divisée par deux en 20 ans.  Les importations de miel, qui s'élevaient à 5 % il y a 20 ans, sont aujourd'hui de 50 %.

 

A terme les conséquences ne concernent pas que le seul secteur professionnel de l'apiculture. En effet la pollinisation par les abeilles joue un rôle irremplaçable et fondamental dans la richesse génétique de la biosphère et dans la diversité des cultures alimentaires. 80% des espèces de plantes à fleurs sont pollinisées par les abeilles et celles-ci  contribuent également à la production de 35% de notre alimentation.

 

Le constat d'une surmortalité des abeilles au plan mondial a conduit, en avril 2010, l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) à déclarer la sauvegarde des abeilles comme priorité dans son Plan stratégique 2011-2015, estimant que « leur disparition constituerait un terrible désastre biologique ». L'OIE ajoute que « l'utilisation inconsidérée des pesticides pourrait avoir un impact sur la santé des abeilles, notamment en les affaiblissant et en augmentant leur sensibilité à différentes maladies » (1).

 

De fait, si les milieux scientifiques avancent plusieurs facteurs pour tenter d'expliquer cette surmortalité qui est devenue chronique (acariens, infections bactériennes, carences nutritionnelles résultant d'autres problèmes environnementaux comme le changement climatique), un d'entre eux prédomine: la surexposition aux pesticides. Plusieurs études scientifiques, en France et à l'étranger, mettent en parallèle l'apparition d'une surmortalité anormale chez les populations d'abeilles et l'apparition sur le marché au début des années 1990 de nouveaux pesticides, les néonicotinoïdes (2), comme l'imidaclopride et le fipronil, dont les molécules sont très largement utilisées dans l'agriculture et depuis quelques années sous une forme systémique dite d'enrobage (directement intégré à la semence).  Or, les molécules sont de plus en plus concentrées: là où la DL50 (3) concernant les abeilles était de 27.000 nanogrammes pour le DDT, elle n’est plus que de 3,7 nanogrammes pour l’imidaclopride. Ces pesticides de nouvelle génération ont des effets neurotoxiques avérés en laboratoire. Pour en mesurer l'impact en milieu naturel le Parlement britannique a pris, en 2010, l'initiative d'un programme sans précédent. Baptisé « Initiative pour les insectes pollinisateurs » il va bénéficier d'un financement de 12 millions d'euros sur trois ans. Un des projets de recherche relevant de ce programme, consacré précisément aux incidences des pesticides, sera conduit par le neurologie Christopher Connoly, de l'Université de Dundee en Ecosse. Ce dernier a pu établir que les pesticides « affectent les connexions neuronales des insectes. A haute dose ils entraînent la mort, mais l'exposition chronique à de faibles doses peut aussi provoquer des changement plus ténus, comme la perte du sens de l'orientation, la diminution de la capacité d'apprendre et de communiquer » (Le Monde, Gaelle Dupont, 31 juillet 2010). Dans ce projet de recherche les pesticides de traitement des cultures, mais aussi ceux qui sont utilisés par les apiculteurs eux-mêmes pour éradiquer les parasites dans les ruches, seront testés.

 

Plusieurs expériences de terrain tendent à confirmer la prédominance du facteur pesticides systémiques dans la surmortalité des abeilles. En Italie, l'interdiction depuis le printemps 2009 du recours aux semis de maïs intégrant un pesticide systémique s'est traduite par un spectaculaire rétablissement des colonies d'abeilles. En Bretagne même, à Ouessant les 150 ruches  d'abeilles noires (espèce endémique de Bretagne) ne connaissent qu'une mortalité normale.

 

Face à cette situation les dispositions législatives ou réglementaires prévues par le Grenelle 2 de l'environnement n'apportent pas de réponse satisfaisante. En effet, si le Plan Ecophyto 2018 vise à une réduction de 50 % des pesticides, il ne concerne que le volume de production et non la toxicité qui s’est considérablement accrue avec la classe des néonicotinoïdes.

 

De l'utilité d'une initiative se situant dans une démarche à la fois internationale et de promotion de la démocratie participative

 

L'assemblée générale des Nations Unies a déclaré 2010 « année internationale de la biodiversité ». Par cette initiative elle a souhaité sensibiliser les Etats et la société à l’importance de la biodiversité pour les inciter à entreprendre des actions au niveau local, régional et international de nature à la protéger.

 

Par ailleurs les Conseils économiques et sociaux régionaux viennent de se voir confirmer une compétence pleine et entière en matière environnementale qui s'exprime dans leur nouvelle dénomination. Le rôle très spécifique que jouent les abeilles dans la biosphère à travers la pollinisation, que ce soit pour la préservation de la biodiversité végétale donc animale, la production agricole et le régime alimentaire des humains, nous conduit à solliciter très symboliquement le CESER nouvellement dénommé afin qu'il consacre sa première étude à dimension environnementale à la situation des populations d'abeilles et de l'apiculture en Bretagne. Il est souhaitable qu'une telle étude intègre aussi les enjeux économiques (secteur agro-alimentaire) et sociaux (emploi, santé humaine) du problème.

 

Les travaux du CESR seraient utilement enrichis et validés sur le plan des connaissances par l'expertise du Conseil scientifique régional.

 

Nous souhaitons que l'étude ne se limite pas à un simple état des lieux mais qu'elle comporte une dimension prospective et qu'elle soit assortie de préconisations, notamment à l'usage de la collectivité régionale, pour préserver et reconstituer en Bretagne ce capital naturel et économique que constituent les abeilles.

 

Eu égard au large champ thématique couvert et aux enjeux de société qu'elle recouvre, une telle étude ne devrait pas rester confinée dans le cercle restreint des spécialistes et des professionnels directement concernés. C'est la raison pour laquelle nous appelons de nos voeux la tenue d'un débat ouvert au grand public.

 

Dans sa saisine du CESER et du Conseil scientifique régional, le Conseil régional émet le souhait que plusieurs problématiques soient traitées comme:

-        l'impact des pesticides et plus particulièrement des pesticides systémiques (dont 70% ne sont pas pris en compte par le plan Ecophyto 2018 issu du Grenelle de l'environnement) sur les populations d'abeilles,

-        l'impact existant et prévisible de la surmortalité des abeilles sur l'économie, la production alimentaire et la biodiversité,

-        la prise en compte du rôle de la pollinisation dans l'agriculture et la biodiversité au niveau de la formation des futurs agriculteurs et la formation continue des agriculteurs en activité ainsi que celle des autres professionnels dont l'activité peut impacter les milieux naturels,

-        un croisement des études sur les facteurs de surmortalité chez les abeilles et les huîtres (4) Cf rapport sur les pesticides dans les milieux aquatiques sur : http://www.stats.environnement.developpement-durable.gouv.fr/uploads/media/Pesticides_BAT_BD.pdf).

 

En conséquence le Conseil régional de Bretagne charge son Président de bien vouloir saisir le CESER et le Conseil scientifique régional pour la réalisation d'une étude sur la situation des populations d'abeilles et de l'apiculture en Bretagne au regard des enjeux environnementaux, économiques et sociaux.

 

 

 

 

(1) http://www.oie.int/fr/press/fr_100428.htm

 

(2) Classe d’insecticides neurotoxiques. Ils se fixent au sein des synapses des cellules nerveuses modifiant ainsi l'influx nerveux.

 

 

(3) Dose létale 50. Cet indicateur mesure la dose de substance causant la mort de 50 % d'une population animale donnée.

 

(4) cf rapport du  Commissariat général au développement durable sur les pesticides dans les milieux aquatiques:

http://www.stats.environnement.developpement-durable.gouv.fr/uploads/media/Pesticides_BAT_BD.pdf

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