Session extraordinaire de janvier: pacte électrique breton (2)

Publié le par Groupe des élus UDB

Guyonvarch -Christian- Com.R-gion[1]

Conseil régional de Bretagne / Kuzul-rannvro Breizh

Séance plénière du 6 janvier 2011-01-04

 

Intervention de Christian GUYONVARC’H

au nom du groupe « UDB, autonomie et écologie »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Président, chères/chers collègues,

 

Je voudrais commencer mon intervention par une citation. La voici :

 

« On a surtout un problème avec le chauffage électrique en France. Son développement a été une erreur. On a jugé qu’on pouvait le faire parce qu’on a un grand parc nucléaire mais cela entraîne des pics de consommation d’électricité en hiver. Et cela coûte très cher aux consommateurs qui ont choisi ce mode de chauffage (dont EDF a fait une promotion très active). C’est une folie française de vouloir transformer l’électricité en chaleur, une aberration du point de vue thermodynamique ».

 

Qui a tenu ces propos d’une grande clairvoyance?.. C’est Nathalie Kosciusko-Morizet, dans Le Monde daté du 30 septembre 2008. NKM, alors secrétaire d’Etat à l’écologie et aujourd’hui ministre de plein exercice. Je suppose qu’aucun d’entre nous ne songera à qualifier Madame la ministre d’incompétente, d’irréaliste ou, puisque nous parlons d’électricité, d’illuminée ?..

 

La ministre décrit la vérité toute nue.

Non la Bretagne n’a pas tourné la page de Plogoff car le projet de centrale électrique à gaz dans le pays de Brest, projet pour une production de base et non pas seulement de pointe comme l'a confirmé M. Ramard devant le CESER hier, ce projet comme la trentaine de projets similaires disséminés un peu partout en France est la résultante du choix du tout nucléaire par la France dans les années 70. Pourquoi? Parce que le tout nucléaire a entraîné le tout chauffage électrique, en particulier dans le logement social, et parce que les centrales nucléaires sont dans l'incapacité technique de répondre aux appels à consommation de pointe provoqués par la généralisation du chauffage électrique dans le logement neuf. Les centrales thermiques à énergie fossile, parce que plus réactives à la demande, sont la réponse des nucléocrates à cette incapacité technique des centrales nucléaires à répondre aux consommations de pointe. Elles sont le volet complémentaire des EPR. C'est cela la vérité. Tout se tient. Non, nous n'avons pas tourné la page de Plogoff. Nous l'avons d'autant moins tournée que 25 ans après sa fermeture, le coup du démantèlement de la mini-centrale nucléaire de Brénilis a été évalué par la Cour des comptes à 482 M€. Le coût du démantèlement n'entre pas dans le calcul du kWh nucléaire qui est hyper-subventionné depuis 35 ans. La question qui se pose aujourd’hui c’est : la Région Bretagne veut-elle sortir de cette logique folle, aberrante dit la ministre, ou au contraire veut-elle s'y enfoncer ? Eh bien, pas nous! Nous ne voulons pas sombrer dans la folie, dans l'aberration.

 

La "folie française" du chauffage électrique

 

Il nous faut décrire en quelques mots cette "folie française". La France possède à elle seule 50% du parc européen de chauffages électriques. Plus de 30% du bâti y est chauffé uniquement à l'électricité (7,8 millions de logements). Et la Région Bretagne fait pire encore. Dans les logements neufs qui se construisent aujourd'hui, c'est 75 à 80%. En Allemagne, qui n'est pas un pays sous-développé ni un pays d'imbéciles, 5% des logements sont chauffés à l'électricité. Plusieurs länder l'interdisent et les autres imposent un compteur séparé pour une sur-facturation.

 

La conséquence de cette "folie française" est d'abord sociale. Faut-il le dire ici à une assemblée dont la majorité, dont l'exécutif se veulent de gauche? Le mois dernier, le mensuel Alternatives Economiques écrivait ceci: "Le recours massif aux radiateurs électriques, les convecteurs, est un facteur aggravant propre à la France (...) Ce type de chauffage électrique est souvent privilégié par les propriétaires bailleurs, car il est très peu cher à l'achat. Même s'il devient un gouffre financier sur le long terme pour l'occupant du logement: en 2009, 100 kWh de chauffage électrique coûtaient 11,43€ contre 6,48€ pour le gaz ou 7,47€ pour le chauffage urbain".

 

Et puisque je m'adresse ici à des gens sérieux, parlons économie. Brûler du gaz pour produire de l'électricité coûte de 2 à 2,5 fois plus cher que de brûler directement du gaz pour se chauffer. Et c'est logique puisque le rendement d'une centrale électrique à gaz, même à cycle combiné, est inférieur à 50%. On y brûle donc plus de la moitié du gaz consommé pour rien sinon pour chauffer les oiseaux. Un gaz que la France importe à 97%. Avec de telles logiques on comprend que l'économie française patine.

 

Or, et c'est la grande faute originelle de ce projet de "pacte électrique" en l'état, contrairement à ce que le préfet de région a affirmé dans cet hémicycle le 16 décembre, en répondant à nos questions, rien, strictement rien n'est prévu pour mettre un terme au scandale du chauffage électrique.

 

Des mesures en faveur de l'isolation thermique des bâtiments c'est bien, et nous n'en ferons jamais trop, mais la Bretagne ne luttera efficacement et durablement contre la pointe électrique en hiver qu'en substituant au chauffage électrique des modes de chauffage alternatifs: réseau urbain, bois, solaire et gaz. C'est pourquoi nos deux groupes proposent la création d'une "prime à la casse" pour le chauffage électrique en Bretagne.

 

Black-out électrique... ou black-out gazier?

 

Je veux aussi soulever un autre problème, à savoir que ce à quoi la France risque de s'exposer dans les toutes prochaines années c'est peut-être moins un black-out électrique qu'un black-out gazier. En effet, le cabinet d'études parisien Horizons, auquel la communauté d'agglomération de Saint-Brieuc avait commandé un rapport en 2009, a établi que dès cette époque le développement des projets de centrales électriques à gaz en France allait bien au-delà d'un simple remplacement d'anciennes centrales à charbon, à savoir 3.600 MW à remplacer selon l'arrêté de janvier 2010 relatif à la Programmation pluriannuelle des investissements d'électricité contre 6.000 MW de centrales électriques à gaz déjà autorisées. Le programme de construction de centrales de ce type en France conduirait à une augmentation de 20% de la consommation française de gaz naturel, une ressource importée à 97%. Avec quelles garanties d'approvisionnement dans le temps? Et pour quel prix?

 

Energies renouvelables: on peut douter d'une volonté politique partagée par tous les signataires

 

Alors... les énergies renouvelables, oui bien sûr, un objectif de 3.600 MW en 2020, on ne peut qu'applaudir évidemment. Mais, au-delà des discours de façade, y a-t-il vraiment une volonté politique partagée par tous les signataires? On est tout de même en droit de se poser la question:

 

- quand l'Etat change deux fois par an le contexte règlementaire dans le photovoltaïque, menaçant l'émergence de toute une industrie,

- quand l'Etat change les règles dans l'éolien terrestre au détriment des régions où l'habitat est dispersé,

- quand l'Etat toujours balaie d'un revers de main l'hypothèse d'une STEP, une Station de transfert d'énergie par pompage, d'une puissance de 700 MW, à Guerlédan. Alors qu'EDF y possède depuis 30 ans les 80 ha nécessaires à la réalisation de la retenue collinaire. Alors que l'énergie hydraulique est une énergie locale, renouvelable, non émettrice de CO2 et de polluants chimiques, et qu'elle est, de surcroît, la plus adaptée techniquement pour répondre aux besoins de consommation de pointe.

 

Lors de la plénière d'octobre dernier, au terme du débat sur les orientations du pacte électrique notre collègue Daniel Cueff avait déclaré, au nom de son groupe, je le cite: « Nous voterons ce rapport (…) Si la problématique de la centrale d’appoint nous donne à réfléchir, dans 5 ans peut-être aurons-nous fait des évolutions technologiques et peut-être aurons-nous fait la preuve, avec nos territoires, que nous avons avancé sur la maîtrise de la demande énergétique et électrique ». Sous-entendu : si nous sommes bons sur la maîtrise on pourra peut-être éviter la centrale électrique à gaz.

 

Mais ce n’est pas ça le scénario du film, cher collègue. La centrale électrique à gaz, ce n’est pas dans 5 ans que sa construction s’engagera ou pas. Si notre assemblée en accepte le principe, alors l’Etat lancera l’appel à projet dans les toutes prochaines semaines, le bénéficiaire sera choisi d’ici l’été, et il n'y aura pas de surprise sur son identité, puis l’enquête publique et l’étude d’impact seront engagées. Avec un début des travaux en 2012. Bon, il faudra tout de même compter avec l’opposition locale et croyez-nous, elle sera au rendez-vous.

 

En face de l’ardeur des énergivores à faire aboutir ce projet d’un autre âge nous constatons que l’appel à projet national sur l’éolien offshore a été repoussé à plusieurs reprises depuis le printemps 2010, rendant même anachronique une partie du projet de pacte électrique breton. L’Etat ne semble donc pas trop pressé d’aboutir sur ce sujet contrairement à ce que les discours enflammés de certains ministres ont pu laisser croire. Et pendant ce temps AREVA, oui AREVA, vient de remporter un marché de 400 millions € pour fournir, installer et assurer la maintenance de 40 turbines d’éoliennes offshore de 5 MW chacune. Où ça ? En Allemagne ! L’installation est prévue pour 2012-2013 et alimentera en électricité 200.000 foyers. Franchement, les Bretons ont de quoi se sentir floués. Et leurs élus avec.

 

Monsieur le Président, sans doute aurez-vous la majorité que vous souhaitez. Sincèrement, je vous le dis, nous aurions souhaité en être car la question énergétique, qui est un des trois ou quatre enjeux majeurs que les Bretons comme toute l'humanité vont devoir relever, mériterait le consensus le plus large. Malheureusement, même si nous ne doutons pas de votre bonne volonté, nous pensons que le chemin sur lequel vous voulez engager la Région, en confirmant votre adhésion au projet d'une centrale thermique à énergie fossile importée, conduit à une impasse faute d'une cohérence d'ensemble. Et nous sommes les premiers à le regretter.

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