Session plénière d'octobre 2011: plan algues vertes

Publié le par Groupe des élus UDB

 

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Conseil régional de Bretagne - Session plénière des 20 et 21 octobre 2011

Stratégie régionale algues vertes

Intervention Mona Bras


Monsieur le Président,

Je ne m'étendrai pas sur les causes des algues vertes. Chacun sait que les algues vertes sont les conséquences des excédents de nitrates, excédents issus du système agricole intensif à hauteur de 90% malgré les efforts consentis par la profession. C'est un fait avéré et ce n'est pas Christian Buson, pape des nitrato-septiques, qui effacera de ses contre-vérités plus de 25 années d'études et de rapports scientifiques dont toutes les conclusions concordent. Certains voudraient nous faire croire qu'il faut encore des études scientifiques au motif qu'il y aurait maintenant des algues brunes filandreuses. Nous interprétons cela comme un camouflet aux scientifiques.

Chacun sait la dangerosité tant pour les animaux que pour l'homme, de l'hydrogène sulfuré issu de la fermentation des algue vertes. C'est un fait avéré, qui, au-delà du problème environnemental, nous met face désormais à un problème de santé publique et à l'inquiétude légitime des populations.

Chacun sait ici les multiples problèmes que cela engendre : fermeture de plages, ramassage, stockage et traitement des algues vertes, image négative de la Bretagne avec les pertes économiques tant pour le tourisme que pour l'agriculture elle-même.



Sur la dépense publique : l’Etat s’est engagé à financer le ramassage, mais a oublié le reste, le transport et le traitement. Pour l’année 2011, la facture globale pour l’Agglomération de Saint-Brieuc est de 320 000 euros, l’Etat prendrait à sa charge 60 000 euros. Resterait une dépense de 260 000 euros. Ce n’est pas normal. L’Etat a été reconnu responsable. Dans un système de droit, le responsable doit assumer.

 

 

 

Rappelons-nous la décision de 2007 du tribunal administratif de Rennes… confirmée par la cour administrative de Nantes en 2009. L'État a été reconnu par la justice responsable de la prolifération d'algues vertes qui se répandent depuis plusieurs années sur le littoral breton et sont provoquées par l'agriculture intensive et les élevages intensifs. Le tribunal administratif, comme aujourd'hui la Commission européenne, pointe les «régularisations quasi-systématiques des élevages en excédent d'effectifs», «l'insuffisance manifeste des études d'impact sur l'environnement nécessaires aux nouvelles installations et le manque de contrôles des élevages». Ces régularisations constituant une "faute en relation directe avec la pollution nitratée des eaux à l'origine des marées vertes".

Aujourd'hui, face à la problématique des algues vertes, la question qui nous est posée peut se résumer comme suit : allons-nous continuer à subir ?

Pour les élus de l’Union démocratique bretonne, les algues vertes sont la partie visible d’un problème plus large : agriculture, qualité des eaux, algues vertes forment un tout. La Bretagne administrative est entièrement classée en zone sensible. La cohérence oblige donc à avoir une approche globale et systémique.

Du côté du bilan azote, en Bretagne administrative, 350 000 tonnes d’azote d'origine minérale et animale sont générés et utilisés chaque année. Certaines terres sont saturées et les excédents se retrouvent dans les rivières. Pour mémoire, la concentration moyenne dans les rivières bretonnes était de 5 milligrammes par litre en 1971. Aujourd'hui elle est en moyenne de 30 mg/l, mais plusieurs captages d'eau potable dont les taux dépassaient 50 mg/l par litre ont été fermés. Les scientifiques affirment que seul le retour à 5mg de nitrate par litre d'eau permettra l'éradication du phénomène.

Financièrement : un milliard d'euros investis par l'Etat et les collectivités locales depuis 1995.Les agriculteurs ont investi aussi un milliard d'euros dans leurs exploitations. Ce bilan démontre une prise de conscience… mais le compte n’y est pas.

Le laxisme de l’Etat, ces 30 dernières années, met aujourd’hui la Bretagne et les agriculteurs en situation difficile. Les objectifs fixés par l’Europe pour 2015, via la Directive cadre européenne, obligent aujourd’hui à des mesures drastiques. La France risque toujours 27 millions d'euros d'amende pour dépassement du plafond de 50mg/l dans plusieurs prises d'eau brute bretonnes. La Commission européenne vient de tancer l’Etat français en 58 questions, le sommant de préciser les mesures mises en œuvre pour retrouver pour 2015 le bon état écologique des eaux.

 

Nous n’allons pas refaire le débat sur l’agriculture bretonne du printemps dernier, mais, depuis, nous avons de nouvelles données . Celles du recensement agricole 2010 qui est riches d’enseignements, malheureux.

La Bretagne administrative compte désormais 34 500 exploitations. 1400 sont en bio (4%) et seulement 12 % sous label qualité, parmi les taux les plus faible de France.

En 10 ans :

La Bretagne a perdu le tiers de ses exploitations, de 51 400, à 31 500.

La Bretagne a perdu le quart de ses actifs agricoles, de 89 000 à 68 000.

En 10 ans :

La taille des exploitations est passée d’une moyenne de 46 hectares à 60 hectares ; et la part des exploitations de plus de 80 hectares à plus que doublée.

 

En 1O ans, la Bretagne a perdu plus de 60 000 hectares de terres agricoles au profit de l’urbanisation, soit une moyenne de 6 000 hectares par an.

 

La Bretagne reste la première région française pour les productions animales, mais la valeur ajoutée par actif agricole reste faible et le revenu agricole moyen breton est l’un des plus bas de France.

 

Pour résumer:

Moins de surfaces agricoles, moins d’exploitations, mais des exploitations plus grandes, moins d’agriculteurs et moins d’actifs, et des volumes de productions animales sensiblement les mêmes.

On peut légitimement en déduire que l’intensification des productions animales s’est encore accentuée ces 10 dernières années… alors qu’elle est l’une des causes majeures des pollutions d’origines agricoles. C'est plus qu'un paradoxe !

 

Ecologiquement,le système dominant ou modèle breton intensif, n’est pas bon !

Les impacts sur qualité des eaux sont graves et plus que préoccupants, et si la pollution par les nitrates est la plus visible par ses effets… nous savons que d’autres problèmes majeurs sont devant nous, et notamment ceux liés aux pesticides.

 

Socialementle système dominant ou modèle breton intensif, n’est pas bon !

Les premiers acteurs que sont les paysans sont mal rémunérés.

 

Économiquementle système dominant ou modèle breton intensif, montre ses limites. L’agroalimentaire breton représente près de 63 000 emplois, mais ce nombre est désormais à la baisse lui aussi, comme le nombre d'agriculteurs et d’actifs agricoles..

 

 

Pour les élus UDB, ces constats inquiétants, nous amènent à reposer l’urgence et l’importance de la métamorphose du modèle agricole breton. C'est une nécessité si nous voulons une agriculture forte et durable en Bretagne.

Le modèle agricole breton doit évoluer, vers un système moins intensif, moins productiviste, plus lié au sol et moins polluant... sachant qu'une réduction des cheptels est inévitable pour juguler les marées vertes. En parallèle, le secteur agroalimentaire doit être impliqué dans le changement. Et, la logique coopérative doit reprendre le dessus sur la logique libérale productiviste.

 

Si le plan de la grève Saint-michel apparaît plus consensuel du fait de son type d’agriculture, celui de la baie de Saint-Brieuc nous apparaît ne pas être en phase avec les objectifs visés, à savoir le retour au bon état écologique des eaux. Pour les élus UDB, les mesures et les financements envisagés ne sont pas en adéquation avec la problématique et les objectifs visés.

 

 

 

Pour un véritable changement, il faut des orientations autres et des budgets beaucoup plus conséquents. Les collectivités locales bretonnes doivent exiger de l'État une mobilisation budgétaire à la hauteur des enjeux. Le responsable doit assumer !


Nous savons tous ici que cela passe également par une nouvelle orientation de la PAC, sa régionalisation et mutualisation.

 

 

Pour l’Union démocratique bretonne, la Bretagne et ses paysans ont tout à gagner à anticiper une véritable mutation agricole, car sans une agriculture durable, les algues continueront durablement de polluer nos plages.

 

Et c'est possible. En Allemagne, la Bavière a pu reconquérir en 20 ans une qualité des eaux  à 0mg de nitrate au robinet à Munich, sans traitement ; mais par une politique audacieuse de prévention à laquelle ont été associés les principaux acteurs que sont les paysans travaillant sur les bassins versants. Ce que la Bavière a réussi, nous pourrons le réussir aussi !

 

Si les deux plans algues vertes qui nous sont proposés aujourd’hui présentent des avancées, et nous tenons à souligner la convention cadre avec foncier de Bretagne, logique avec ses votes précédents, l’UDB s’abstiendra sur ce bordereau.

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