Session plénière d'octobre 2011: politique générale

Publié le par Groupe des élus UDB

 

Session du Conseil régional de Bretagne administrative des 20-21 octobre 2011

 

Intervention de politique générale de Herri Gourmelen

président du groupe UDB – Autonomie et Ecologie

 

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

L'actualité récente, politique, économique, sociale a été marquée par un certain nombre d'événements et de manifestations qui interpellent directement notre Assemblée: conflit au Crédit mutuel de Bretagne, menaces sur le chantier de réparation navale Sobrena à Brest, manifestation de masse (20000 participants) du Réseau Sortir du nucléaire à Rennes, révision des politiques européennes, PCP, PAC, Fonds structurels, débat sur le hold-up fiscal organisé au profit de la Région parisienne - nous avons eu l'occasion de souligner publiquement le mérite de Pierrick Massiot dans cette affaire et nous le redisons ici devant le Conseil régional de Bretagne administrative – ras le bol des élus locaux qui s'est traduit par le passage du sénat à gauche, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour le combat contre la funeste réforme des collectivités locales de Nicolas Sarkozy.

 

http://www4.letelegramme.com/ar/imgproxy.php/PhotoIntuitions/2011/10/04/1452975_cmb.jpg?article=20111004-1001452975&aaaammjj=20111004S'agissant du CMB- Arkéa, comment tout d'abord ne pas relier le dur conflit qui vient de secouer la banque mutualiste bretonne avec le mouvement de protestation des populations qui de New-York à Jerusalem en passant par Madrid s'élèvent contre un système bancaire irresponsable qui prospère sur la misère des peuples. Au CMB ce sont les salariés qui ont rappelé aux dirigeants les principes mutualistes qui ont présidé à sa création et qui ont drainé une clientèle elle aussi attachée à ces valeurs. C'est en ne participant pas au grand jeu spéculatif que contrairement à d'autres banques, le CMB a traversé sans dommage la crise de 2008. Ce qui se joue est essentiel pour l'avenir d'une Bretagne dotée d'outils financiers au service de son économie, de l'économie réelle et non de la spéculation. La Bretagne a besoin d'une banque d'investissement et on peut regretter que le pouvoir naguère ait refusé la fusion CMB-Banque de Bretagne pour choisir aujourd'hui de mettre cette dernière sous la coupe de BNP-Paribas.

 

Etre au service de l'économie réelle c'est sauver des outils de production performants, garder des emplois de production, car production et recherche sont liées. Chacun comprend que je fais ici allusion au fleuron brestois de la réparation navale, la Sobrena. Nous n'ignorons pas le contexte international et la concurrence déloyale, le dumping social et environnemental. Mais l'enjeu est crucial, en termes d'emploi d'abord (500 salariés en comptant la sous-traitance), et aussi en termes de compétences pour la réussite des projets bretons d'éolien offshore et d' hydrolien. Que les collectivités territoriales bretonnes soient intervenues et que la Brittany Ferries dont 3 des 9 navires qu'elle exploite sont la propriété de sociétés d'économie mixte où la Région est premier actionnaire, ait décidé de revenir à Brest, au moins en partie, pour l'entretien et la réparation de ses bateaux, rien de plus normal.

 

Sauver les outils de production performants comme la Sobrena et développer les filières d'avenir, créatrices des emplois de demain, sont les deux aspects d'une même nécessité. La Bretagne doit être à la pointe dans le domaine des énergies renouvelables. Faut-il rappeler qu'outre la création d'emplois le développement des énergies renouvelables a aussi et autant pour but de réduire notre dépendance énergétique, d'aller vers l'autonomie énergétique de la Bretagne, avec pour objectifs incontournables et exigeants de renoncer au nucléaire et de réduire le bilan carbone de la Bretagne, ce qui suppose aussi et d'abord un effort important et constant en faveur de l'efficacité énergétique. La grande manifestation rennaise de samedi dernier est venue à propos rappeler que cette demande, cette exigence, n'est plus le fait d'une minorité de pionniers ou de Bretons irréductibles comme à Plogoff, mais une revendication majoritairement partagée. L'Agence Internationale de l' Energie estime que du fait de l'augmentation des coûts de production et des difficultés d'extraction de plus en plus grandes, ce sont 1500 milliards de dollars qu'il faudra d'ici 2035 et se pose la question de savoir où les trouver... Pas dans les fonds spéculatifs que trop de politiques publiques en Europe ont encouragés depuis les années 80, c'est certain.

 

La question n'est pas sans rapport avec celle des Fonds européens. En effet, le règlement qui détermine le champ d'intervention du FEDER, prévoit que pour les régions plus développées et les régions en transition au moins 80% des ressources soient concentrées sur l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, la recherche et l'innovation ainsi que l'aide aux PME, dont 20% pour le seul secteur de l'énergie. Une inquiétude pour les Régions concernant les fonds structurels et de cohésion: le projet de les suspendre pour les états membres qui auraient un déficit budgétaire excessif. Les Régions, déjà asphyxiées financièrement, n'ont pas à payer la mauvaise gestion des Etats.

 

L'actualité européenne c'est aussi la réforme de la PAC et de la PCP. S'agissant de la PAC, nous partageons les critiques des organisations progressistes. Les mesures présentées ne répondent pas au triple défi environnemental, économique et social. Le verdissement de la PAC n'est qu'un coup de pinceau, pour reprendre l'expression de José Bové. D'autre part, les niveaux proposés pour le plafonnement des aides sont si élevés qu'ils ne permettent pas de corriger les injustices existantes entre les états membres et entre les paysans. Sur 14 millions d'agriculteurs en Europe, 10 millions ne touchent pas d'aides. La faiblesse de ce qui est prévu pour ceux-ci ne permet pas de sauvegarder la vitalité des zones rurales, de développer les circuits courts en préservant la diversité et la qualité des productions locales. Nous rappelons par ailleurs ce que dénonçait le rapport Pour une nouvelle alliance agricole, à savoir qu'entre 2010 et 2012, la Bretagne « aura perdu en moyenne 15 millions d'euros par an. Il s'agit là d'une occasion manquée de passer à la régionalisation de la PAC ». Du fait du refus de l'Etat. Enfin, s'agissant du gel des terres agricoles, cela est hors de question en Bretagne. En effet, entre 1988 et 2010, la perte de terres agricoles et d'espaces naturels est de 11000 ha, au point que le Préfet de Région lance un cri d'alerte: « ce rythme d'artificialisation des terres est trois fois plus élevé que dans le reste de la France (…). Il faut passer du discours collectif à la construction d'une stratégie ». On ne saurait mieux dire.

 

Au sujet de la PCP, je rappellerai que nous avons voté les différents bordereaux que la VP Isabelle Thomas a défendus devant cette Assemblée, depuis le début de la nouvelle mandature. Nous nous sommes retrouvés dans le consensus qui s'est dégagé lors de la réunion du 1er octobre à Quimper, en préalable du déplacement du 12 octobre à Bruxelles, consensus résumé par l'équation figurant sur le T-Shirt du Comité régional: Q.I.T. + R.M.D. + ZERO REJET = PARODIE de PCP de Mme DAMANAKI. Nous avons là un curieux mélange de libéralisme destructeur, avec les Quotas individuels transmissibles, et d'environnementalisme dévoyé, avec le Zéro rejet. Problème de gouvernance également, avec le rôle accru des états au détriment des bassins maritimes. Pour nous, la gestion doit être régionalisée, les quotas gérés collectivement par la communauté interprofessionnelle bretonne.

 

Les critiques que nous émettons vis à vis des politique communautaires ne font pas de nous des anti-européens, bien au contraire. Il faut plus et mieux d' Europe et non pas moins. Qui bloque aujourd'hui des décisions importantes comme la taxe sur les transactions financières ? Ce sont les Etats, comme l'UK et l'Eire. Avec une Europe fédérale (je ne parle même pas de l' Europe des Régions et des peuples solidaires que nous voulons) nous aurions une Commission qui mettrait la proposition en discussion avec une majorité au Parlement pour la voter. Redonner plus de pouvoir à chaque Etat-nation, défaire le début de construction fédérale, c'est amoindrir d'autant les chances de gagner le combat contre les marchés financiers. Mais le niveau européen n'exonère pas l' Etat de ses responsabilités propres et à cet égard les programmes des candidats à l'élection présidentielle seront riches d'enseignements.

 

http://www.cercledubristol.com/wp-content/uploads/2011/09/S%C3%A9nat-2.jpgAutre actualité récente qui intéresse directement notre Assemblée, le basculement à gauche du Sénat. Ce basculement traduit le ras le bol d'élus locaux , face à un pouvoir autiste. Ces élus, y compris de droite, refusent la baisse des dotations communales, la tutelle préfectorale sur la carte des intercommunalités, la fermeture des services de proximité. Ils veulent être respectés et perçoivent les dangers d'une réforme des collectivités locales que sous-tend une volonté de recentralisation, teintée d'un autoritarisme aux accents sarkoziens. Ils sont au contraire dans leur grande majorité pour un approfondissement de la décentralisation, une simplification institutionnelle et une clarification des compétences entre les différents échelons. De plus, la réforme fiscale qui accompagne celle des collectivités, réduit leur autonomie financière, aggrave les inégalités entre les territoires en réduisant le système de redistribution-péréquation. Et, cerise sur le gâteau, ils assistent à l'escroquerie politico-financière qui consiste pour la région-capitale à partager un peu en interne ses excédents de richesse pour diminuer sa contribution à la péréquation nationale ! Tout cela pour financer le projet du Grand Paris ( j'ai failli dire du Gross Paris ). Il est heureux que des élus franciliens aient pris l'initiative de lancer une pétition qui dénonce « l'aggravation du déséquilibre avec d'autres régions en faveur de l' Ille de France ». Je vous invite, chers collègues, à la signer.

 

Changer de président et de majorité en 2012 est une absolue nécessité pour abolir la totalité de la réforme Sarkozy – à cet égard l'initiative du nouveau président du Sénat de présenter un projet de loi supprimant le conseiller territorial est à saluer – et pour revenir à une République parlementaire et solidaire, ce qui pour nous passe par un système fédéralisé autour d'un territoire pivot, la Région autonome.

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