Session plénière de décembre 2011: coopération décentralisée avec le Burkina Faso

Publié le par Groupe des élus UDB

 

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Conseil régional de Bretagne

 

session des 15 et 16 décembre 2011

 

Protocole d'accord de coopération décentralisée

avec le Conseil régional du Centre au Burkina Faso

Appui à la structuration d'une filière coopérative maraîchère bio

 

intervention de Christian Guyonvarc'h,

au nom du groupe « Union démocratique bretonne, autonomie et écologie »

 

 

Monsieur le Président, chères/chers collègues,

 

Le protocole d'accord de coopération qui nous est soumis présente de nombreux intérêts:

 

  • il porte sur une thématique majeure: la sécurité alimentaire, qui figure en tête des Objectifs du Millénaire des Nations Unies. Plus d'un milliard d'êtres humains souffrent de la faim et de la malnutrition,

  • il aborde cette thématique sous l'angle de l'autonomie alimentaire en favorisant non pas une agriculture de rente tournée vers l'exportation mais une agriculture vivrière, dont la production sera donc destinée aux populations locales,

  • ce protocole porte sur une agriculture urbaine et périurbaine, ce qui est un enjeu majeur sur un continent comme l'Afrique où l'urbanisation est très rapide et souvent anarchique, un continent où la population devrait passer de 900 millions à 2 milliards de personnes d'ici le milieu du siècle. Sans négliger pour autant l'amélioration des moyens de transport entre les zones rurales et les grandes villes africaines, produire des aliments au plus près des métropoles est indispensable pour que l'Afrique puisse sortir d'une dépendance croissante aux importations de produits alimentaires,

  • enfin, le protocole d'accord met l'accent sur la mobilisation de toutes les familles d'acteurs concernées dans la Région Centre du Burkina Faso comme en Bretagne. Agronomes Sans Frontières et la Coordination des Associations de Solidarité Internationale de Bretagne, qui seront les maîtres d'oeuvre de cette coopération du côté breton, sont des structures compétentes qui apportent des garanties sérieuses.

 

Pour toutes ces raisons le groupe UDB votera pour ce protocole d'accord.

 

Pour autant, nous avons deux questions et une réflexion à formuler dont l'objet est de contribuer à la pleine réussite de ce projet et à mettre de la cohérence dans la politique internationale de la Région dans le domaine alimentaire.

 

Notre première question porte sur l'intégration effective d'un mode de production biologique dans le projet car s'il est bien évoqué à plusieurs reprises dans le bordereau, paradoxalement dans la partie 2 de l'annexe qui présente le plan stratégique défini par la Région Centre du Burkina Faso, il n'en est pas question. En revanche il y est fait état de l'acquisition de produits phytosanitaires. Il faut avoir en tête que l'Organisation Mondiale de la Santé a établi que l'Afrique était de loin le continent le plus affecté par les conséquences sanitaires de l'utilisation des pesticides, parce que la dangerosité de ces produits est peu connue des agriculteurs.

 

Une autre question que nous posons est celle du lien entre ce projet de coopération décentralisée bilatérale et le projet BPAVA (Bretagne Promotion des Agricultures Vivrières en Afrique de l'ouest) que la Région Bretagne et les partenaires bretons de la plateforme ABCIS avaient mis sur pied avec 7 Régions d'Afrique de l'ouest fin 2009, à l'issue des 3èmes assises de la solidarité internationale en Bretagne. Le projet BPAVA visait à aider ces 7 Régions, toutes membres de l'UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) à travailler en réseau dans le secteur agro-alimentaire. La première action retenue devait porter sur la formation des organisations de producteurs. Donc, comment la coopération qui nous est proposée aujourd'hui se situe-t-elle par rapport au projet BPAVA?

 

Enfin, je terminerai mon intervention par une réflexion sur la nécessaire cohérence à laquelle la Région Bretagne doit veiller quand elle intervient, directement ou indirectement, dans le secteur agro-alimentaire au plan international. Pouvons-nous tout à la fois financer au Burkina Faso un projet qui vise à améliorer la sécurité alimentaire par l'agriculture vivrière et accompagner au Vietnam l'exportation du modèle porcin intensif? Je rappelle qu'il faut 8 protéines végétales pour obtenir 1 protéine de viande porcine. Je rappelle aussi que de plus en plus d'Etats d'Asie du sud-est et de la péninsule arabique font main basse sur le foncier agricole en Afrique non pas pour sécuriser l'alimentation des Africains, ce qui serait louable, mais pour approvisionner leurs propres marchés nationaux et notamment approvisionner en protéines végétales des élevages industriels.

 

Nous avons développé depuis 40 ans dans les régions européennes dotées de ports de commerce des complexes d'élevages industriels approvisionnés en protéines végétales à partir du continent américain. Nous savons que ce modèle économique contribue fortement à la déforestation et à la diminution de la biodiversité dans plusieurs pays d'Amérique du sud. Nous sommes en train d'assister au développement de relations similaires entre l'Asie du sud-est et la péninsule arabique d'une part, et l'Afrique d'autre part. Devons-nous Région Bretagne, même indirectement, même à travers un soutien politique, apporter notre pierre à cet édifice branlant?

 

Nous sommes 7 milliards d'êtres humains. Nous serons 9 milliards d'ici 2050. Dans ce contexte, alors que les Européens et les nord-Américains devraient faire évoluer leur régime alimentaire vers le régime alimentaire traditionnel de l'Asie du sud-est, à base de protéines végétales, nous voyons au contraire des centaines de millions d'Asiatiques adopter le régime alimentaire trop carné (ce ne sont pas des écolos mais les nutritionnistes qui le disent), le régime alimentaire trop carné que les Européens et les nord-Américains ont adopté au cours du 20ème siècle. Il ne s'agit pas de porter un regard moralisateur sur ces évolutions rapides mais de s'interroger sur leur durabilité. Elles nous apparaissent insoutenables pour la planète et surtout pour l'humanité. Elle doivent nous interpeller dans les politiques que nous conduisons ou que nous favorisons.

 

Je vous remercie.

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