Session plénière de février 2011: aménagement

Publié le par Groupe des élus UDB

 

Guyonvarch -Christian- Com.R-gion[1]Session plénière des 4, 5 et 6 février 2011

Groupe UDB - Autonomie et écologie

 

débat budgétaire

mission 1

 

 

 

 

 

Intervention de Christian Guyonvarc'h

 

 

Monsieur le Président, mes chers collègues,

 

En cette période de troubles institutionnels et d'incertitudes budgétaires pour tout ce qui ne sera pas une « métropole » ou le « Grand Paris » (« Grand Paris » pour lequel le gouvernement vient d'annoncer qu'il consacrerait 9 milliards d'euros), dans ce contexte-là la mission 1 prend une dimension encore plus importante qu'auparavant. La cohésion territoriale de la Bretagne autour de son maillage de villes petites ou moyennes, une cohésion qui est le produit d'une longue histoire, celle d'un peuple conscient de ce qu'il est, cette cohésion est une construction fragile qui est mise à mal sous les assauts conjugués du capitalisme financier, de sa recherche insatiable du profit maximum dans le temps le plus court, et de politiques nationale et européenne qui tendent à privilégier les principales agglomérations au nom de la compétition que nous livrent les économies des pays émergents. Le pragmatisme est à la concentration géographique des forces, c'est le discours matraqué jour après jour.

 

Face à cette réalité palpable au quotidien nous sommes satisfaits et rassurés de constater que l'exécutif régional nous propose de confirmer le choix qui avait été fait lors du dernier mandat, à savoir travailler en partenariat avec les pays. Ce choix politique est symbolique car il légitime cet échelon essentiel, qui correspond au bassin de vie, un échelon que le gouvernement actuel veut affaiblir, voire faire disparaître. En Bretagne, plus qu'ailleurs, perdre le pays revient à détruire le polycentrisme que votre majorité semble disposé à maintenir comme en témoignent les études qui seront confiées aux agences d'urbanisme. Mais n'oublions pas une chose, chers collègues, les agences d'urbanisme ne font pas les choix politiques. Elles se contentent de bâtir des scénarii sur la base d'une tendance. Il faudra plus que des rapports, aussi pertinents soient-ils, pour rééquilibrer le réseau urbain breton. Malheureusement, les choix se font de plus en plus souvent en fonction de perspectives démographiques dont on ne se demande pas si elles sont souhaitables ou non et s'il est possible de les infléchir. Toujours cette logique de croissance: « venez et on verra bien le moment venu comment vous accueillir ».

 

Il nous apparaît que certains points du rapport de la mission 1 mériteraient d'être plus clairs.

 

Dans le programme 101 on nous explique, je cite, qu'à l'échelle de la Région « le risque est réel d'une évolution asymétrique de la croissance et d'une trop grande spécialisation des territoires ... ». Le risque? Mais c'est déjà une réalité! Aujourd'hui, en Bretagne les déplacements pour se loger, travailler, se former, se soigner, consommer, se présenter devant la justice ou se divertir sont de plus en plus longs et cette réalité ne fera que s'accentuer avec la réforme territoriale injuste que fait passer la droite contre l'avis des collectivités territoriales, y compris souvent quand ses élus sont de la majorité nationale. De même, la fracture territoriale entre les générations est déjà là! Les jeunes ménages ont de plus en plus de mal à se loger sur le littoral et dans les villes telles que Rennes, Nantes et Brest. « Suncity », vous savez ces ghettos de retraités aisés qui se sont développés dans les Etats du sud des Etats-Unis depuis les années 80, on y vient... Regardez le profil des résidences haut de gamme qui se construisent sur le littoral et dans le centre de nos villes. Une ville comme Lorient tente d'y résister en réservant des logements aux jeunes ménages mais les obstacles juridiques ne manquent pas.

 

Dans ce rapport nous doutons de la pertinence de l'expression « modèle de développement breton » (je cite le rapport), car si la France est de tous les grands pays européens celui qui consomme le plus d'espace (l'équivalent d'un département tous les 10 ans), la Bretagne va encore plus loin et plus vite dans l'artificialisation des espaces naturels ou agricoles. La Bretagne d'aujourd'hui est une Bretagne qui gaspille le foncier, qui vit au-dessus de ses moyens. Si la Bretagne est spécifique c'est parce que la pression foncière y est plus forte qu'ailleurs. Si nous nous trompons de diagnostic nous nous tromperons dans les remèdes car la consommation pantagruélique d'espace peut très bien s'accompagner d'éco-quartiers un peu partout. Dans ce cas il s'agirait de « green-washing » appliqué à l'urbanisme. Nous avons d'ailleurs eu une discussion très intéressante à ce sujet avec MM. Burlot et Cueff à l'occasion de la dernière réunion du comité d'expertise de l'ECO-FAUR.

 

En outre, au sujet de l'aménagement du territoire, navré de devoir nous répéter, mais parler d'aménagement du territoire et ne jamais faire mention de Nantes, continuer à confondre systématiquement dans les rapports du Conseil régional Bretagne et région administrative devient préoccupant. A-t-on oui ou non la volonté d'aller vers la réunification de la Bretagne? A-t-on oui ou non l'envie de travailler de concert avec le département de la Loire-Atlantique sur les questions majeures qui intéressent les Bretons? Que ceux qui seraient fatigués d'entendre nos remarques sur le sujet joignent leurs voix aux nôtres, ça ira plus vite. Alors, avec la contribution active du pôle industriel nazairien, peut-être réussirons-nous à bâtir cette industrie bretonne des énergies marines que nous appelons tous de nos voeux.

 

Malgré ces réserves et préconisations nous réitérons notre soutien à cette politique d'appui aux pays, avec une péréquation que vous annoncez renforcée, de même que le soutien aux îles.

 

Sur la question du numérique je laisserai le soin à notre collègue Gaëlle Rougier d'intervenir au nom de nos deux groupes.

 

Sur la question du logement je laisserai le soin à notre collègue Guy Hascoet d'intervenir. Un point simplement au sujet du chauffage électrique, cause majeure des pointes de consommation électrique en période de grand froid. Il est indispensable que la Région intervienne pour aider son remplacement par des modes de chauffage moins énergivores et moins coûteux à l'usage. Cette question n'est pas traitée dans le « pacte électrique breton » contrairement à ce que le préfet de région a affirmé avec aplomb ici même le 16 décembre dernier. Or, je voudrais informer ou rafraichir la mémoire de chacun en citant un document qui a précédé le « pacte électrique breton », c'est le « positionnement des collectivités de la Conférence territoriale de Bretagne sur les enjeux de l'approvisionnement électrique régional ». La Conférence territoriale de Bretagne, autrement dit le B15 que vous présidez Monsieur le Président. Dans ce document de novembre 2009 on peut lire le constat suivant page 8: « L'importance du parc immobilier équipé en chauffage électrique en Bretagne dans la problématique de pointe. Le parc immobilier breton est constitué de près de 450 000 logements équipés de chauffage électrique, chiffre supérieur à la moyenne nationale. Ceci confère au secteur résidentiel un rôle fort durant les périodes de pointe. Ainsi, une baisse de température extérieure de 1°C conduit à un besoin de puissance supplémentaire de 120 MW, ce qui renforce la sensibilité particulière aux vagues de froid du système électrique régional ». Magnifique, mais tombé aux oubliettes.

 

Et puisqu'il faut toujours citer les bonnes sources, je voudrais citer un excellent hebdomadaire qui s'appelle Cap Finistère, l'hebdomadaire de la fédération socialiste du Finistère. Son numéro du 14 janvier consacrait un article à la négociation d'un contrat local contre la précarité énergétique au pays de Morlaix. Et l'article de conclure: « Pour les constructions neuves, le chauffage électrique est à bannir ».

 

Un effort camarades, joignons les constructions à rénover aux constructions neuves et nous ferons ensemble l'économie d'une centrale électrique à gaz déjà dépassée avant d'être conçue.

 

Parmi les orientations de la mission 1 que nous soutenons avec vigueur, nous retrouvons la question des services publics et des services aux publics auxquels vous souhaitez consacrer un schéma régional et, à cet égard, le Conseil régional serait bien inspiré de créer du travail ailleurs qu'à Rennes quand il le peut. Foncier de Bretagne, par exemple, aurait pu trouver un siège en Centre-Bretagne.

 

Nous prenons bonne note des mesures en faveur de la jeunesse dans les domaines du logement et de la santé qui préfigurent le « plan jeunesse » dont on attend avec impatience le contenu et pour lequel nous vous apporterons notre propre contribution.

 

Enfin, nous apprécions tout particulièrement l'annonce de l'élaboration, je cite, d' « un référentiel qui permettra de généraliser progressivement la conditionnalité développement durable à toutes les politiques régionales ». Cela va dans le sens et renforce même la proposition que nous avions faite lors d'une commission permanente d'élargir les critères de l'ECO-FAUR à la politique territoriale dont le volume de crédits est 6 fois supérieur. Nous sommes disponibles pour apporter notre contribution à l'élaboration de ce référentiel en souhaitant qu'il soit à la fois pédagogique et exigeant.

 

Nous voterons pour les programmes de la mission 1 sauf le programme 103 sur lequel nous nous abstiendrons en raison de l'appui de la Région à la technologie wimax et de nos interrogations sans réponse à ce jour sur la prise en compte ou non de la problématique sociale et sociétale car l'accès pour tous au très haut débit peut très bien déboucher, si nous n'y prenons garde, sur une société bretonne atomisée où chacun, en particulier chez les jeunes, passera le plus clair de son temps dans un monde virtuel, seul devant son écran d'ordinateur. Gardons-nous d'une vision paradisiaque des technologies numériques.

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