Session plénière de février 2011: politique générale

Publié le par Groupe des élus UDB

Herri.JPG

 

 

 

Session du Conseil régional de Bretagne  3-4-5 février 2011

 

Intervention de politique générale

Herri Gourmelen

Président du Groupe UDB – Autonomie et Ecologie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Président, cher-e-s collègues,

 

Il est des peuples qui comme aujourd'hui les peuples tunisien et égyptien, mènent un combat aussi courageux que dangereux contre l'oppression politique et le néo-colonialisme, pour la liberté et la justice sociale - et nous en sommes solidaires, totalement - et il est des peuples qui dans les vieilles ou les nouvelles démocraties, comme en Europe, manifestent aussi et cela pour s'opposer au rouleau compresseur de la mondialisation néo-libérale, source de chômage, de précarité, de misère. Pensons aux importantes manifestations contre la réforme des retraites par exemple, mais aussi contre la casse des services publics, traduisant une volonté de reconquête démocratique du pouvoir au service de la population.

 

L'actualité nous révèle qu'il n'y a pas de fatalité, ni pour les peuples du monde arabe, ni pour les autres. Il en est un, dans un petit pays de 320 000 habitants, qui vient de donner une belle leçon de démocratie économique et politique en particulier aux grands états dont certains ont pourtant pour devise ''Liberté, égalité, fraternité''. Il s'agit de l’Islande. Ruinée par l'irresponsabilité des banques, l' Islande, non seulement s'est dotée d'un nouveau gouvernement, mais a élu en novembre 2010 une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution traduisant l'aspiration du peuple à une autre société, en commençant par replacer les banques sous l'autorité de la puissance publique. L'analogie avec le Programme national de la Résistance que la droite au pouvoir en France est en train de liquider est frappante.

 

Réintroduire l'éthique en politique et dans l'économie est aujourd'hui urgent si l'on veut éviter que ne grandisse le scepticisme et la méfiance vis à vis des élus que traduisent régulièrement les sondages, état d'esprit qui, nous le savons, fait le lit des populismes et des dérives extrémistes. Vous mettez en débat à cette session, Monsieur le Président, une version synthétisée du texte que nous avions présenté en juin dernier sur la transparence demandée à nos partenaires financiers; nous nous en réjouissons et espérons que cette délibération sera votée à l'unanimité, car c'est un signal fort que notre assemblée enverra ainsi à l'opinion publique bretonne.

 

Cette opinion est révoltée lorsqu'elle voit le sort réservé à un établissement comme Thomson Grass Valley à Rennes, vendu « à la découpe » ! Ou des comportements comme ceux des nouveaux patrons de l'usine Compétence de Brest, ex Jabil, ex Alcatel, ex Thomson, ex Ericsson. Cédée en 2010 au fonds d'investissement américain Mercatech, investisseur fantôme dont le siège est en Floride, Jabil est devenu Compétence, entreprise aujourd'hui délibérément sacrifiée au nom du profit maximum des actionnaires. Un prêt de 60 millions d'euros de Jabil à Mercatech - qui a un compte aux Iles Caïman ! - n'est jamais arrivé sur le compte de l'entreprise brestoise Compétence.


Et Mercatech a racheté deux sites à Jabil en Italie, en difficulté eux aussi aujourd'hui ... Quid de la promesse de développer le photovoltaïque à Brest? Du vent ! Si je peux me permettre ce mauvais jeu de mots. Quant aux terrains mis à la disposition d' Ericsson en 71 par la CUB, pour le franc symbolique, en échange de la création d'emplois, à combien ont-ils été revendus ? Les contribuables brestois aimeraient sûrement le savoir.

 

Dans le document du CESER de novembre 2010, intitulé ''Sept actions prioritaires pour la Bretagne '', on peut lire dans le chapitre ''Agir ensemble pour dépasser la crise'' - je résume - «  Cette crise dont les fondements internationaux et financiers ne sont pas nouveaux, va bousculer sur le long terme les activités économiques et la société dans notre Région, au risque d'accroître non seulement les tensions sociales mais aussi les inégalités entre les territoires. Le Conseil régional, l'Etat en Région, les collectivités territoriales doivent veiller à renforcer l'appareil productif régional en favorisant la mutation des activités et en protégeant les plus défavorisés ». Nous nous retrouvons tant dans le constat que l'objectif.

 

Mais nous constatons que pour deux secteurs industriels d'avenir, à savoir l'éolien offshore et l'hydrolien, ce n'est pas apparemment pas le chemin emprunté. En effet, s'agissant de l'éolien offshore il apparaît, suite à l'annonce gouvernementale, que la Bretagne est pénalisée par la division entre un pôle Brest-Lorient et une alliance Saint-Nazaire/ Le Havre. Cela ne souligne que mieux la nécessité de la réunification et, dans l'attente d'y parvenir, celle d'ouvrir au Conseil Général de Loire-Atlantique des instances comme l'Agence économique et le B 15. Pour ce qui est de l'hydrolien, nous ne sommes guère mieux lotis, puisque DCNS vient d'annoncer, au grand dam de la société bretonne Sabella, prestataire de services pour l'expérimentation prometteuse dans l'embouchure de l'Odet, sa prise de participation à hauteur de 14M€ dans la société irlando-américaine OpenHydro. Le PDG de Sabella s'interroge sur le maintien de son entreprise au sein de France Energies Marines, projet porté par Ifremer et financé par le ''grand emprunt''. L'incapacité du Pôle Mer à faire converger tous les acteurs bretons vers l'objectif d'une industrie bretonne des énergies marines est inquiétant.

 

Nous le répéterons aussi longtemps qu'il le faudra, la réunification de la Bretagne est une nécessité autant et plus en termes d'avenir que d'histoire. L'exemple de l'Alsace en marche vers un processus référendaire en vue de la formation d'une collectivité unique fusionnant les deux conseils généraux et le Conseil régional en un Conseil d' Alsace, nous amène d'une part à redire notre demande d'une consultation référendaire de même type dans le cadre des cinq départements bretons, à réitérer notre demande de réunir au plus vite le groupe de travail sur la réunification, réunissant les différents partis de notre Assemblée, tel que le principe en a été voté en juin 2010 et qui n'a toujours pas été officiellement installé. L'une des forces de la Bretagne, face à la frilosité, au repli identitaire, au refus de l'Europe qui gagnent aujourd'hui en France, c'est précisément cette cohésion, ce vouloir vivre ensemble, fondés sur une identité partagée, une confiance collective dans un avenir commun.

 

 

L'un des marqueurs forts de cette identité c'est la langue bretonne dont on peut regretter qu'elle n’apparaisse pas ou guère dans le concept de la Marque Bretagne. Georges Gastaud, professeur de philosophie communiste du Nord Pas de Calais, qui a fondé le collectif COURRIEL pour défendre la langue française, écrit: «  Perdre sa langue, c'est perdre sa culture, mais aussi sa mémoire, individuelle et collective, et dans cette mémoire il y a la mémoire des luttes, le combat pour les droits démocratiques. Défendre sa langue, défendre toutes les langues, c'est défendre l'émancipation humaine ». Per Jakez Helias disait il y a plus de cinquante ans: «  Défendre le breton aujourd'hui, c'est défendre le français demain ». Que ne l'a t-on entendu ?

 

Toutes ces considérations, Monsieur le Président, expliquent les nombreux amendements que nous avons présentés en collaboration avec nos collègues du Groupe Europe Ecologie Bretagne. La nécessité d'agir face à la crise, économique, sociale et environnementale d'une part, les contraintes d'un budget non extensible d'autre part, obligent à des choix. Les nôtres contribuent à faire de la Bretagne un laboratoire du changement, adapté aux contingences nouvelles (raréfaction des ressources naturelles, enjeu climatique ...) pour une élévation non du PIB, mais de l' IDH (Indice de développement humain) et donc de mieux répondre aux besoins des Bretons, à commencer par les plus défavorisés, d'où nos propositions en matière d'économies d'énergie, de logement, de transports, d'agriculture, de langues et culture bretonne ...

  • Pour ce faire nous proposons :

  • de réaliser des économies budgétaires sur certaines politiques. Certaines actions, pertinentes au moment de leur élaboration, ont aujourd’hui perdu en efficience. On peut donc imaginer de les réorienter ou de diminuer la part budgétaire qui leur est consacrée. A partir d’une analyse des décisions des commissions permanentes sur une année, nous pensons réaliste une économie budgétaire de 70 millions en année pleine.

  • de recourir à l'emprunt de façon raisonnable. Du fait de la gestion prudente mise en œuvre depuis 2004 et des anticipations prises au niveau du désendettement, nous estimons ce complément d’emprunt raisonnable autour de 30 millions.

  • d'affecter la résultat de la surmodulation de TIPP, estimée à 35 millions pour 2011, aux déplacements infra régionaux.

 

C’est là tous le sens du travail d’opposition constructive que nous avons conduit, avec la volonté de construire cette « gauche socialiste, écologiste et bretonne » dont parlait le président du Conseil Général des Côtes d’Armor, Claudy Lebreton.

 

Je vous remercie

Publié dans Politique générale

Commenter cet article

Isabelle Moign 04/02/2011 00:16


Trés beau discours
Pouvez vous me l'envoyer sur PDF.

mersi bras

Isabelle Moign