Session plénière de février 2012: politique générale

Publié le par Groupe des élus UDB

Herri  

 

Session du Conseil régional de Bretagne administrative des 2-3-4 / 01 / 2012


Intervention de politique générale de Herri Gourmelen
président du groupe UDB – Autonomie et Ecologie


 

 

 

Monsieur le Président, chers collègues,

Le temps des vœux est passé, je le sais. Permettez-moi tout de même cette citation d'un responsable politique breton de premier plan, extraite de la série de vœux parue dans Bretagne-Ile de France, revue de l'Union des sociétés bretonnes d'Ile-de-France. Je cite: « J'ai confiance dans la capacité des Bretons et de la Bretagne qui a toujours su se régénérer collectivement, en portant haut ses valeurs, son histoire et son ambition partagée ». Fin de citation. Je reprends d'autant plus volontiers à mon compte ces mots qu'ils sont de Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, en personne.

Je retiens en particulier l'expression « se régénérer collectivement ». C'est vrai que notre pays a su trouver en lui les forces nécessaires pour arracher les moyens de son développement quand la première vocation qui lui était assignée, était celle de réservoir de main-d’œuvre, de vivier pour l’armée, et surtout la marine. Nous nous plaisons - du moins ceux qui l'ont vécue – à évoquer  l'époque du CELIB qui fut le creuset où s'élabora le premier plan global de développement régional, y compris dans sa dimension culturelle, et cela grâce à l'action opiniâtre d'un militant que certains d'entre nous ont bien connu, Armand Keravel, à qui il me plaît de rendre hommage.

Vous nous invitez aujourd'hui, Monsieur le Président, à un effort de réflexion comparable, du fait de deux facteurs convergents, les limites visibles de ce qu'on a appelé le modèle breton et une crise économique qui elle aussi doit nous amener à réfléchir sur le type de croissance que nous voulons. Et il faut reconnaître qu'il y a débat à ce sujet au sein de la gauche. La transition vers un modèle de développement plus sobre, plus juste socialement et plus équilibré territorialement, ne se fera pas du jour au lendemain, nous en sommes conscients, mais elle est incontournable et il convient de l'engager. Nous saluons le travail d'anticipation du CESER et spécialement de sa Commission Développement économique et recherche sur ce nouveau défi que la Bretagne doit relever.

La transition vers un nouveau modèle de développement pour une économie relocalisée demande parallèlement une réorganisation de la pyramide institutionnelle française. Nous vous rejoignons, Monsieur le Président, quand vous plaidez, je vous cite, pour que la nouvelle décentralisation soit un acte de régionalisation, pour une Région stratège mettant en œuvre une nouvelle mobilisation des richesses et de nouvelles solidarités. Vous dites Région stratège quand nous disons autonomie régionale. Pour nous en effet, une régionalisation conduite à son terme cela s'appelle l'autonomie. Quand nous dirigeons nos regards vers l'extérieur ce ne sont pas vers les  pays centralisés que nous les tournons, mais vers les pays où existent les autonomies régionales, autonomies variables selon les régions d'ailleurs.

Mais cette idée de la République des Régions que nous partageons, Monsieur le Président, avec des nuances certes, voire des différences, n'est pas dans le logiciel du potentiel futur président de la République, du moins pour l'instant, et cela n'est pas sans nous inquiéter. L'article 54 de son programme s'il prévoit l'abrogation du conseiller territorial, la clarification des compétences, la réforme de la fiscalité locale et la péréquation, toutes choses que nous approuvons, semble placer région, département, commune sur le même plan. Et de plus, dans son discours de Brest, il s'est opposé par principe à toute idée d'organisation différenciée des Régions, singulièrement  pour la Bretagne.

Les lois de décentralisation de 1981, l'élection de l'Assemblée régionale au suffrage universel en 1986 -  revendication portée par l'UDB dès 1964 ! -  avaient représenté des sauts qualitatifs, des actes politiques majeurs. Aujourd'hui, on nous propose certes des avancées, mais qui seraient plutôt de l'ordre du technico-administratif. Dans l'Europe de 2012, l'avancée politique majeure serait de permettre une organisation différenciée selon les réalités régionales,  la demande existe d'ailleurs – j'ai cité au mois de décembre les exemples de la Corse et de l’Alsace, laquelle au demeurant bénéficie d'un statut dérogatoire (église, école ...) malgré la République une et indivisible !

Dans vos vœux, vous disiez, Monsieur le Président, « On n'a pas en réalité essayé en France la régionalisation » et vous ajoutiez: « Je sais bien que, quelles que soient les tonalités politiques des uns et des autres, il y a en Bretagne une vraie volonté collective pour aller dans ce sens ». Je ne sais quelle est la volonté des autres, mais pour notre part, c'est clair. La Bretagne a été le laboratoire de l'idée régionale en France - je l'ai dit au début de mon propos - et nous ne comprenons pas qu'aujourd'hui, au nom d'un principe énoncé en 1792 par le montagnard Couthon et imposé aux Girondins, principe qui confond unité et unicité, on lui refuse la possibilité et le droit d'être le laboratoire de la Régionalisation  moderne.

Cela étant, la nouvelle étape de la décentralisation qui figure dans le programme de François Hollande, doit intégrer la possibilité de révision du découpage régional technocratique et antidémocratique initié sous Vichy et confirmé dans l'après-guerre. Le vote par l'Assemblée Nationale d'un amendement rendant possible un référendum sur la Réunification sans accorder un droit de veto aux Pays de la Loire,  doit être confirmé par le Sénat. Les territoires qui composent une Région doivent pouvoir choisir librement leur appartenance régionale, par la voie référendaire, comme cela a été le cas à Mayotte. Les habitants de la Loire-Atlantique ont le droit – je dis bien le droit – de décider quelle entité régionale ils veulent intégrer.

La partition de Vichy a eu des effets négatifs considérables, brisant des solidarités humaines, économiques, sociales, notamment dans le domaine syndical. Aujourd'hui,  la concurrence plutôt que la solidarité continue de jouer sur des dossiers majeurs: Nantes contre Brest pour l'obtention du siège de l'Agence européenne de sécurité maritime, finalement parti à Lisbonne; Nantes, mieux lotie, mais voulant sauver son ENMM au détriment de Saint-Malo; la Basse-Loire, alliée au Havre pour les énergies marines, affichant ses très ambitieux projets au moment même où vous discutez, Monsieur le Président, avec votre collègue Alain Rousset, président de la Région Aquitaine, du même sujet ...
 
Pour terminer, Monsieur le Président, et sans empiéter sur le propos de notre collègue K. Guyonvarc'h, tout à l'heure, à propos du budget et des recettes, un constat et une question.

Le constat est double: a) l' Etat impécunieux, en la personne de l'actuel président,  confronté à des déficits colossaux, se retourne vers un coupable idéal, les collectivités locales, remettant en cause près de trente ans de décentralisation  b) le secteur bancaire se retire du financement de nos collectivités et les conditions de crédit se dégradent pour les entreprises (Alain Daher, président de la CCI de Bretagne ); les deux phénomènes conjugués pénalisent en premier lieu PME et TPE, fragilisant le tissu économique breton.

Une question: lors de notre session de décembre, je vous demandais des éclaircissements quant à l'articulation entre des initiatives du secteur bancaire privé (le CMB en l'occurrence) et celles de la Région (Fonds souverain breton), j'ajouterai aujourd'hui un troisième élément, le possible futur emprunt obligataire populaire régional dont vous avez accepté la mise à l'étude.
 

 

Je vous remercie.

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