Session plénière de juin 2011: nouvelle alliance agricole

Publié le par Groupe des élus UDB

 

troupeau.jpg

 

 

Conseil régional de Bretagne

Session plénière des 23 et 24 juin 2011

Groupe UDB

 

Intervention de Mona Bras sur la nouvelle alliance agricole.

 

Monsieur le président, chers collègues,

 

Le rapport sur la Nouvelle alliance agricole était attendu. Nous y trouvons des éléments positifs, la mise en contexte nous convient. Pourtant, ce rapport nous laisse un sentiment d’inachevé et surtout, du moins nous l’interprétons comme tel, nous ne voyons pas où il veut nous conduire.

 

Mon intervention s’organise autour de 2 parties, la première partie questionne la logique de la Nouvelle Alliance Agricole et la seconde partie abordera la partie propositions.

 

Une première interrogation d’ordre politique

 

"L’agriculture est un pilier de l’économie bretonne, son avenir concerne tous les Bretons. Le modèle agricole breton qui a prévalu depuis les années 50 doit profondément évoluer… " Ce postulat semblait largement partagé, au delà même des rangs de la gauche. Pour mémoire, Jean Salmon ancien président de la chambre régionale d’agriculture déclarait en 2010, je cite : « Pendant 50 ans, nous avons participé à la construction d’un modèle agricole unique qui s’est imposé à tous les écosystèmes. Aujourd’hui, les écosystèmes vont imposer des modèles agricoles adaptés aux territoires. »

 

De ce postulat découlait un consensus que l’on peut résumer comme suit : le modèle agricole breton doit évoluer, vers un système moins intensif, moins productiviste, plus lié au sol et moins polluant. De façon générale il s'agissait de gérer la transition. Le débat à gauche portait sur la manière de conduire la transition et sa durée.

 

Ce postulat largement partagé jusqu’alors semble avoir vécu, ou du moins le rapport de la NAA ne le reprend pas. Par contre on nous propose, je cite : « de bâtir une nouvelle alliance entre la Bretagne et ses agricultures... il n'y a plus de modèle agricole breton unique, mais bien plusieurs agricultures en Bretagne." « Toutes les agricultures doivent cohabiter. » nous dit-on à la page 24.

 

C’est plus qu’un glissement sémantique, il s’agit d’un changement. Pourtant, entre 2008 et 2010, en région Bretagne, il a été question d’une manière constante de la métamorphose de l’agriculture bretonne. Et pour cause ! Face à une triple crise et donc à un triple défi économique, environnemental et sociétal, il y avait urgence. L’urgence est toujours d’actualité, car sur le fond rien n’a changé et vous l’avouerez cohabitation et métamorphose, ce n’est pas la même chose.

 

En septembre 2009, le candidat JY Le Drian déclarait : « Nous devons clairement définir le type d'agriculture que nous voulons développer, soit le modèle industriel de type danois où la production est concentrée entre quelques producteurs. Soit une agriculture territorialisée, sociétale, qui irrigue tous les territoires ». Idem, le 26 mars 2010 : «Une Bretagne forte, c’est une Bretagne qui assure la métamorphose de son économie… il faut réconcilier la Bretagne avec son agriculture. C’est pourquoi je propose de fonder une nouvelle alliance entre la Bretagne et ses agriculteurs. Elle suppose bien sûr métamorphose, nouvelles pratiques, qualité labellisée, installation,… et surtout combat commun pour faire valoir que l’alimentation n’est pas un bien comme les autres… et votre conclusion : ici l’urgence s’impose».

 

Aujourd’hui, nous ne pouvons noter que le changement de discours, de la métamorphose de l'agriculture bretonne nous arrivons à la cohabitation. Nous sommes passés de la défense des agriculteurs à celle des agricultures.

 

Notre première interrogation amène trois questions :

 

La première : Comment peut-on revendiquer la métamorphose de l'agriculture d'un côté et proposer la cohabitation  des agricultures de l'autre, tant les antagonismes sont forts?

 

Est-ce que la coexistence des agricultures revient à considérer que l’agriculture bretonne se divise en plusieurs segments et qu’à chaque segment correspond un discours et une politique ?

 

Nous propose-t-on d’envisager le schéma suivant : d’un côté une agriculture intensive, productiviste, liée à l’agro business et dédiée à l’exportation et de l’autre une agriculture plus économe, plus territoriale, voire péri-urbaine dédiée aux marchés locaux ?

 

Seconde interrogation: l'agro-alimentaire

 

Le rapport aborde insuffisamment des problématiques économiques pourtant indissociables de l’agriculture, l'industrie agroalimentaire n'est évoquée qu'au détour de certains chapitres et son impact sur l'agriculture est oublié ou n'est pas analysé.

 

Premièrement, la question de la valeur ajoutée liée à la qualité de la production et à la quantité ou encore celle de la surproduction chronique et voulue par l'agro-alimentaire qui a pour conséquence de maintenir des prix bas… d'où la trop faible valeur ajoutée dégagée par la filière agricole et agro-alimentaire.

 

Deuxièmement, le système agricole va de crise en crise, il n’y a pas une semaine où la presse ne relate pas des conflits, des tensions du système, et tous les secteurs de production sont touchés par les difficultés sociales, engendrées par un revenu dramatiquement faible pour les producteurs, par les pertes d’emploi dans la production et la transformation, et par la capitalisation excessive des exploitations qui rend problématique leur transmission et donc le renouvellement des chefs d’exploitation.

 

Nous n'acceptons pas un système qui ne nourrit pas ou mal, ses premiers acteurs : les paysans.

 

Quelques données : en Bretagne administrative, entre 2000 et 2007, le nombre des exploitations a baissé de 29% et globalement les exploitations restantes se sont agrandies. En 2009, à volume constant, la valeur de la production agricole a baissé de 8,5 %, le résultat agricole net par actif a plongé de - 19 % en termes réels après déjà - 12 % en 2008. Le revenu net des entreprises agricoles par actif non salarié chute encore de 34 % en termes réels en 2009 après - 23 % en 2008. L’excédent du commerce extérieur en produits agroalimentaires baisse fortement - 38 % en 2009. Et les chiffres de 2010 ne disent guère mieux. Est-ce là la réussite économique du modèle intensif agricole tant vanté ?

 

Si les exportations vers les pays hors Union Européenne ne représentent  que 3 % de la valeur de ces productions, elles correspondent à des volumes très importants car il s’agit principalement de produits bruts à très faible valeur ajoutée. Or, ces 3% pèsent fortement sur les prix. La grande distribution est le premier client des Industries  Agro-Alimentaires bretonnes et absorbe 40 % de la production. Cette domination est une des caractéristiques françaises, et l’une des difficultés des IAA pour négocier la valorisation de leurs produits.

 

Pour illustrer l’état de dépendance des producteurs vis-à-vis de l’industrie, reprenons ici les propos de Daniel Picard, président de Cochon en Bretagne : « Si nous ne faisons rien, le marché nous pousse à n’être que des producteurs de minerais, vendus de moins en moins chers, avec des marges qui se dispersent dans tous les maillons de la filière et pas chez le producteur ! ».

 

Troisième interrogation: les volumes de production

 

Le rapport n’aborde pas ou très peu un élément essentiel de la problématique agricole, celui des volumes des productions et ses impacts et donc la capacité de la ferme Bretagne à absorber, ingérer ou digérer tout ce qui est nécessaire pour produire ces volumes.

 

Pourtant sur le fond, les choses ont peu bougé, Les nuisances environnementales sont là et on en découvre de nouvelles, ou plutôt on n'en parle plus : antibiotiques, hormones et substances pharmaceutiques dans l'eau, pesticides, ammoniac et pollution de l'air.

 

porcsPar ailleurs, le lien entre agriculture et sol est abordé, mais la réflexion n'est pas aboutie, problématisée. Majoritairement, en Bretagne, nous connaissons une agriculture déliée du sol, hors sol, qui génère une absence d'autonomie en alimentation animale, des coûts induits - transport, énergie - et de nombreux problèmes environnementaux. Pour nourrir mon propos, je vous renvoie à un article d'Ouest-France du 4 juin dernier qui titrait : Pays de Loire, l'avenir du porc se joue au sol. Je cite : "Face à une tendance lourde qui prévoit la fermeture d'un élevage porcin sur 4 dans les 10 prochaines années, les agriculteurs s'interrogent et réagissent. L'autonomie alimentaire des fermes, céréales auto produites, est envisagée comme une solution agronomique et économique",  ceci  alors que la densité dans la Région des Pays de la Loire est de 79 porcs au Km2 contre 468 porcs par Km2 en Bretagne administrative.  Voilà un débat essentiel que ce rapport n'aborde pas. Pourquoi?

 

 

Il ne s'agit pas de dire que l'agriculture bretonne doit produire uniquement pour les Bretons, mais nous pensons que l'avenir de l'agriculture bretonne passe par un rééquilibrage des productions bretonnes en fonction de la capacité des sols et des territoires... car aujourd'hui, la ferme Bretonne est en surcharge et souvent en surchauffe. On revient aux propos de Jean Salmon évoqués plus avant : «  les écosystèmes vont imposer des modèles agricoles adaptés aux territoires. » C'est aussi la conclusion à laquelle arrivait le Préfet Fargeas dans son rapport confidentiel de 2009 lorsqu'il affirmait que la solution pour en finir avec les algues vertes passe par la réduction des cheptels, et qu'il s'agit de révolutionner les pratique agricoles et de changer complètement le modèle économique existant. Nous voyons bien qu'il ne s'agissait pas pour le préfet de proposer la cohabitation des agricultures.

 

Et si la bonne méthode pour envisager l’avenir de l’agriculture en Bretagne était de partir du potentiel de la ferme bretonne, au sens de la surface agricole disponible, du foncier préservé et de ses capacités agronomiques durables ?

 

A cette ferme bretonne, nous vous proposons d' appliquer, les principes nommés dans la Nouvelle Alliance Agricole, que nous partageons, rappelés de façon synthétique page 20, je cite : « le conseil régional propose d’accompagner cette évolution dans la perspective d’une agriculture diversifiée, productive et durable. Ses principes sont : priorité à l’installation, préservation du foncier, maîtrise du revenu, plus d’autonomie, plus de valeur ajoutée, plus d’agronomie. »

 

In fine, cette méthode permettrait de définir le potentiel productif de la ferme bretonne et d’envisager le système de valorisation.

 

Sur la partie propositions de la Région, globalement, elles sont cohérentes, chacun étant conscients que compte tenu de nos limites budgétaires, leur impact sera limité.

 

 

Nous partagions le souhait d'EELV de bannir les OGM de la chaîne alimentaire, à commencer par les productions labellisées. Nous nous réjouissons donc que la Commission 2 ait modifié le texte de la NAA en ce sens. Cela est dans la logique du vœu  sur les OGM , présenté par le groupe UDB et que notre assemblée a voté le 25 mai dernier. Sur la méthanisation, nous n'y sommes pas opposés, à condition que le système de méthanisation soit pensé à l'échelle d'un territoire, qu'il soit intégré dans un véritable projet de territoire construit par tous les acteurs comme c'est le cas de Géotexia dans la communauté de communes du Méné, qu'il n'entre pas en concurrence avec les productions alimentaires et qu'il ne serve pas de palliatif au problème des algues vertes. Accepter cette concurrence serait suicidaire.

 

Enfin, pour clore, je vous livre la définition de l'AEI, l'agriculture écologiquement intensive, telle qu'elle est donnée par la Chambre d'agriculture dans Le Télégramme  de hier, la Chambre qui organise des portes ouvertes pour communiquer sur ce concept, car c'en est un comme le fut en son temps celui de agriculture raisonnée. Je cite : "L'agriculture écologiquement intensive ce n'est pas le bio. Ce n'est pas un label. Nous ne renonçons à rien : ni aux pesticides, ni aux OGM, ni aux engrais."  Tout est dit : nous restons dans une vision industrielle et chimique de l'agriculture, et le vocabulaire utilisé  induit le citoyen et le consommateur en erreur.

 

A ce stade du débat, le groupe UDB réserve son vote, la partie orientation générale du bordereau qui annonce une cohabitation des agricultures en lieu et place d'une nécessaire transition nous apparaît en décalage avec la nécessité d'une agriculture forte et durable en Bretagne. Notre Président de groupe donnera notre position après la fin des débats et des réponses apportées par le Vice-président à l'agriculture.

 

 

Au terme du débat, l' UDB s'est abstenue. Dans l'explication de vote, Herri Gourmelen a déclaré:

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

Cet après-midi est intervenu au Parlement Européen un vote qui concerne très directement notre débat et nous conforte pour notre part dans notre conviction. En effet, une résolution sur la modernisation de la PAC a été adoptée qui peut amener l' UE à tourner la page du productivisme agricole, pour reprendre les termes de José Bové dans un communiqué qui vient de nous parvenir.

 

Certes, nous savons que la transformation de notre agriculture ne se fera pas en un jour et nous ne méconnaissons pas les efforts de nombreux agriculteurs, leur souci de préserver un environnement qui est la base même de leur activité. Il n'est pas question de stigmatiser des producteurs qui se débattent dans les difficultés - nous avons tous reçu le courrier de Solidarité Paysans Bretagne - mais c'est précisément parce que la situation est telle que nous attendons de la Région, et du fait même de la faiblesse de son budget agricole qui ne permet pas de tout soutenir, un signe politique fort.

 

Lors de la session du mois de mai, nous disions: "Nous sommes sceptiques quant à la Nouvelle Alliance Agricole. Il ne nous semble pas en effet que le soutien affiché à tous les types d'agriculture, conventionnelle, autrement dit productiviste, durable, bio soit la réponse attendue en termes d'emplois, de revenus, d'environnement, de développement rural". Nous pensons comme  René Louail que : "Laisser croire qu'il y a de la place pour tous les types d'agriculture c'est ignorer les rapports de force à l'oeuvre aujourd'hui". Pour autant, il  considère, lui, que le verre est à moitié plein au vu des avancées contenues dans le texte qui nous est soumis. Mais à moitié plein veut dire aussi à moitié vide, et nous ne pouvons pour notre part que nous abstenir.

 

Publié dans Agriculture-pêche

Commenter cet article