Session plénière de juin 2011: politique générale

Publié le par Groupe des élus UDB

Herri

 

 

Session du Conseil régional de Bretagne administrative des 23 et 24 juin 2011

 

Intervention de politique générale de Herri Gourmelen

Président du groupe UDB – Autonomie et Ecologie

 

 

 

 

 

Monsieur le Président, chers collègues,

 

Samedi dernier, 18 juin, soixante dix ans après le décret inique du maréchal Pétain qui amputait la Bretagne en lui enlevant le Pays nantais, nous avons une fois de plus manifesté - et les jeunes étaient particulièrement nombreux - en faveur de la réunification de notre pays, non seulement au nom de l'histoire et de l'identité, mais aussi et davantage encore aujourd'hui au nom de la cohérence géographique et économique pour donner à la Bretagne de nouvelles capacités pour des politiques publiques au service du développement de son territoire, que ce soit dans le domaine maritime ou celui des énergies renouvelables pour ne prendre que deux exemples évoqués ici récemment. La question de l'identité n'est pour autant pas secondaire: il a fallu que ce soit l’Unesco qui demande que soit retiré de la liste des Châteaux de Loire le Château de ducs de Bretagne. Les révisionnistes et les séparatistes ne sont pas là où on le pense.

 

Dans le même temps, nous apprenons que le groupe de travail sur la réunification, ouvert à l'ensemble des groupes politiques ici représentés, dont le principe avait été voté, à notre demande, en juin 2010, se réunira le 4 juillet. Il aura donc fallu attendre exactement un an pour que notre assemblée se saisisse de ce dossier essentiel. Nul doute que si ce groupe avait été actif depuis un an c'est l'ensemble du Conseil régional de Bretagne administrative qui aurait manifesté à Nantes, samedi dernier ... Car, comme nous le disions en d'autres termes, lors de notre session du mois de mai, le temps des vœux platoniques est dépassé, il faut passer à l'acte !

 

Le successeur de Patrick Mareschal à la présidence du Conseil général de Loire-Atlantique, P. Grosvalet, déclare que la question du périmètre des régions et, partant, leur redécoupage, est un problème de nature nationale, voire européenne, et que le préalable est la mise en oeuvre d'une nouvelle étape de la décentralisation, à l'opposé de la réforme territoriale de Nicolas Sarkozy. Pour nous aussi les deux questions sont liées et sont un enjeu majeur pour 2012. Nous attendons, précisément, des engagements clairs, à un an d'échéances électorales majeures. Vous même, Monsieur le Président, nous avez dit que vous aviez fait ce qui dépendait de vous, que la balle était dans le camp du gouvernement. Cela veut donc dire que lorsque vous serez au pouvoir demain, vos amis et vous en personne sans doute, vous mettrez en oeuvre le processus démocratique - je dis bien démocratique – permettant le retour de la Loire-Atlantique dans l'ensemble breton, c'est à dire une consultation de la population des cinq départements bretons ? Agir autrement serait boucher définitivement toute perspective de voir la Bretagne un jour réunifiée.

 

Oui, la France a besoin d'une nouvelle étape dans la décentralisation pour retoucher la cotte mal taillée entre département et région dont parlait Gaston Defferre, lui le régionaliste. Le sondage, réalisé par Viavoice pour l'ARF, va totalement dans ce sens. Neuf Français sur dix se prononcent en effet pour davantage de compétences pour les régions en matière de transports, 88% en matière de d'emploi, considérant que si « les conseils régionaux s'occupaient plus d'apprentissage, de formation et d'emploi, cela plus efficace pour lutter contre le chômage, notamment des jeunes ». S'agissant de santé, ce sont 82% des sondés qui demandent que les régions disposent de compétences nouvelles. Et, plus étonnant mais pour nous fort encourageant, même pourcentage de 82% concernant l'enseignement ! La demande de compétences nouvelles va de pair avec la demande de moyens accrus pour 60% des personnes interrogées.

 

Plus encourageant encore, et je cite Viavoice, « 43% des Français sont favorables à un système beaucoup plus décentralisé, voire fédéral, ce qui peut paraître important étant donné la tradition jacobine et centralisatrice française ». On ne saurait mieux dire. Et la venue du Premier ministre gallois vient à point pour nous rappeler ce qui est à l'oeuvre et tend à devenir la norme partout en Europe, l'autonomie régionale et/ou le fédéralisme différencié. A cet égard, permettez-moi une citation historique, extraite du « Manifeste régional pour une autre Bretagne » du Parti socialiste, daté du 26 mars 1981 - il y a trente ans donc, soit une génération - « La possibilité d'une organisation différenciée des pouvoirs régionaux selon les régions sera ouverte. Il appartiendra aux Bretons, au travers de leurs instances élues, de faire connaître les mesures de décentralisation qui leur semblent les mieux adaptées à leur région ».

 

Pour notre part nous demandons pour la Bretagne ce qu'a obtenu notre cousin gallois, un pouvoir législatif étendu. Nous le demandons par principe et sur la base de l'expérience concrète d'autres régions et peuples d'Europe. En novembre dernier, devant le Congrès de l' UDB, Jill Evans, députée européenne du Plaid Cymru, parti de la gauche autonomiste et écologiste galloise, associée du Labour au gouvernement du Pays de Galles, de 2007 à 2011, déclarait: «  Pour la première fois depuis des années, et ce malgré la récession, il y a plus d'argent de dépensé pour les transports publics, les logements sociaux, l'aide aux demandeurs d'emploi et le soutien aux PMI, l'agriculture durable, et la langue galloise est maintenant officielle au côté de l 'anglais ».

 

Est-il encore besoin de citer l’Ecosse qui depuis 2009 affecte un indicateur d'émissions de C02 aux dépenses engagées dans chaque ministère; l’Ecosse, pays leader en matière d'énergie éolienne et marine, qui la première s'est fixé un objectif de réduction de ses émissions de CO2 de 42% d'ici 2020 quand l'objectif européen n'est que 20% ? Autre exemple qui concerne notre débat sur l’agriculture, celui des Marches en Italie. Lors de la conférence régionale du 15 juin sur les « filières de qualité sans alimentation OGM », Paolo Petrini, ministre de l'agriculture de la région autonome et Président des 55 Régions du Réseau GM-Free, a insisté sur l'importance du pouvoir réglementaire et normatif des régions pour mettre en œuvre une politique conforme aux objectifs du réseau. On ne peut que regretter l'absence à cette journée des représentants de des Chambres d’agriculture et du syndicat majoritaire.

 

Notre collègue Mona Bras interviendra dans la discussion sur la Nouvelle alliance Agricole. Aussi je me bornerai à deux remarques sur le sujet. Premièrement, ce débat va coïncider avec la tenue d'un G 20 agricole à Paris. Impossible de ne pas tenir compte de ce contexte global dans notre propre débat. Deuxièmement, je n'évoquerai le problème des algues vertes qui ont refait leur apparition, notamment en Baie de Douarnenez, que pour dire que l' Etat nage dans l'irresponsabilité – pour preuve l'amendement Le Fur sur l'extension des élevages industriels et le projet de décret en préparation sur les épandages, alors que la Région n'a ni les compétences, ni les moyens nécessaires de faire face à une situation qui ternit l'image de la Bretagne et son attractivité touristique.

 

Au sujet du Fonds interrégional pour l'amorçage de création d' entreprises, je voudrais dire ceci: partisans de la péréquation et du partage nous sommes évidemment pour la coopération interrégionale, mais nous pensons qu'un vrai pouvoir régional nous permettrait de mettre le nouvel outil au service de ce que vous appelez la « glaz économie » et que nous appelons nous la conversion sociale et écologique de l'économie, car il s'agit d'entreprises qui créent les emplois de demain mais qui ont le plus de mal à accéder aux financements privés. C'est le sens de l'amendement que nous avons déposé et nous pensons, Monsieur le Président, que vous et votre majorité devez en principe partager notre préoccupation.

 

Il est un sujet d'actualité qui nous préoccupe grandement, c'est celui de Climsat dont la plupart des salariés sont en instance de licenciement. C'est un outil que la Bretagne ne peut se permettre de perdre pour trois raisons:

  • c'est un outil de coopération internationale sur des bases solidaires et durables,

  • c'est un outil d'aide aux collectivités bretonnes dans l'élaboration de plans climat-énergie performants,

  • c'est un outil d'aide à la mutation de l'économie bretonne car, consacré à la problématique du changement climatique, il est destiné à faire coopérer des domaines tels que les TIC, l'océanographie, l’agriculture, l'éco-habitat, l'énergie, les sciences humaines.

 

Monsieur le Président, les conséquences de la crise financière sur les contributions des états n'expliquent pas à elles seules les difficultés actuelles de Climsat. La situation s'est dégradée faute d'une gouvernance politique opérationnelle. La création d'un GIP, destiné à sécuriser la structure, nécessitait une forte implication politique pour constituer le tour de table des partenaires publics et privés. Cela a fait défaut.

 

Le programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUD) accepte qu'une part des crédits additionnels qu'il est en droit de solliciter de l’Etat français, soit fléchée vers Climsat. Concrétiser ce partenariat, ce qui suppose un accord politique entre la Région et l'Etat, est sans doute l'ultime chance de maintenir Climsat en Bretagne. Saisissons-la !

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