Session plénière de juin 2012: discours de politique générale

Publié le par Groupe des élus UDB

 

Conseil régional de Bretagne administrative

Session des 27-28-29 juin 2012

Groupe UDB – Autonomie et écologie

Herri Gourmelen

 

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Monsieur le Président, chers collègues,

 

 

Le changement politique était ardemment souhaité par tous ceux qu'effrayait la perspective d'un nouveau quinquennat sarkoziste. Les résultats des élections présidentielle, puis législatives ont répondu à leur attente. Ces résultats en Bretagne sont particulièrement éloquents. Des bastions de droite, considérés il y a peu encore comme imprenables sont tombés, tels Vannes ou Ploermel où Paul Molac, candidat de rassemblement investi par l' UDB, soutenu par le PS et EELV, a été brillamment élu. Les qualités personnelles de notre ami, sa capacité à rassembler toute la gauche et au-delà, ont été déterminantes, assurément. Mais nous nous plaisons aussi à souligner le soutien sans faille de nos partenaires, écologiste et socialiste, et l'engagement personnel du président de la Région.

 

Le poids politique de la Bretagne est aujourd'hui reconnu au travers de ses deux ministres, vous-même Monsieur le Président qui occupez un ministère dit régalien et notre collègue Marylise Lebranchu, en charge d'un ministère ô combien important et pas seulement à nos yeux, celui de la réforme de l' Etat et de la décentralisation.

 

Le Parti socialiste dispose aujourd'hui, cela a été suffisamment souligné, de tous les pouvoirs: présidence de la République, gouvernement, Sénat, Assemblée nationale, sans compter la majorité des Régions, départements et grandes villes. Il détient donc une immense responsabilité face aux attentes de ceux qui l'ont porté au pouvoir. Chacun sent à quel point son échec qui serait l'échec de la gauche, revenue au pouvoir après tant d'années dans un contexte de crise économique et sociale majeure, serait catastrophique. L'enjeu est en effet de redonner confiance dans la politique, dans « le politique », à des populations désemparées. Echouer serait ouvrir la porte aux pires aventures populistes. Même en Bretagne, jusqu'ici protégée, le Front national progresse dans les quartiers populaires et les campagnes les plus déshéritées.

 

L'UDB est prête, à sa place et à sa mesure, à participer au changement, à soutenir les réformes courageuses et ambitieuses dont la France et la Bretagne ont besoin pour restaurer la démocratie et la cohésion sociale, pour aider à la mutation de notre système productif, pour refonder un projet européen en train de se déliter sous l'effet de politiques d'austérité qui matraquent les peuples et génèrent la récession. Au moment où nous parlons, si certaines mesures, annoncées par le gouvernement, vont dans le bon sens, telles la création de postes dans l'enseignement ou la suppression de la circulaire Guéant sur l'accueil des étudiants étrangers, certains signaux ne laissent pas d'inquiéter, non seulement les régionalistes convaincus que nous sommes, mais tous les partisans de la décentralisation.

 

Comment en effet interpréter l'initiative du ministre du redressement productif, A. Montebourg, qui vient de nommer d'autorité, auprès des préfets, 22 commissaires pour animer des cellules, je cite, «  de veille et d'alerte précoce ». Les Régions ont-elles donc perdu leur compétence économique? Les talents leur manquent-elles à ce point qu'il faille y envoyer des « missi dominici » ? Comment interpréter également la prise de position du ministre de l' Economie et des Finances, P. Moscovici, contre la participation des Régions au conseil d'administration de la future Banque Publique d' Investissement, demande portée par l' ARF et son président dans la campagne présidentielle. Nous ne pouvons enfin que manifester notre perplexité, pour ne pas dire plus, face à la nomination au côté de la ministre Marylise Lebranchu d'une ministre déléguée à la décentralisation, issue de la préfectorale.

 

Manifestement, le combat entre jacobins et décentralisateurs risque d'être rude au sommet de l'Etat. L'UDB entend prendre sa place dans ce combat, car nous sommes convaincus qu'il appartient aux Régions de créer le rapport de forces favorable dans l'élaboration de l'acte 3 de la décentralisation, promesse du candidat François Hollande. La situation particulière de la Bretagne, naguère laboratoire de l' idée régionale, ne craignant pas aujourd'hui d'élire des députés défenseurs affirmés et reconnus de l'identité bretonne, dotée d' une Assemblée régionale très majoritairement acquise à une vraie décentralisation, permet de faire de ce pays le laboratoire d'une Régionalisation aboutie, porteuse d'un nouveau modèle de développement économique, social et culturel, bref un projet de société qui pour ne pas être celui de l'autonomie politique préconisée par l'UDB, n'en constituera pas moins un véritable progrès.

 

Nous trouvons, Monsieur le Président, l'écho de notre volonté décentralisatrice dans vos interventions, ici même, ou dans des déclarations publiques à la presse. Vous vous êtes prononcé en faveur d'un élargissement des compétences des Régions pour , je vous cite, « une meilleure gestion de l'action publique sur un territoire », l'Etat devant se concentrer sur ses tâches régaliennes. Vous avez plaidé également pour une décentralisation à la carte, en fonction des spécificités des Régions. Nous avons par ailleurs retenu la déclaration de Madame la ministre en charge de la réforme de l' Etat, au lendemain de sa nomination : « Il n'y aura qu'une seule décentralisation, mais des expérimentations différentes ». Dont acte ! Mais pour que comme nous le croyons ici, je pense, pour que la décentralisation puisse êtreun élément de réponse à la crise (à cet égard, regardons ce que font les länder allemands en matière de formation professionnelle et de soutien aux PME) il faut que les expérimentations à la carte – et la Bretagne est demandeuse – s'accompagnent de la possibilité d'une application différenciée de la loi, comme l'a demandé l'Association des Administrateurs Territoriaux de France, la semaine dernière à Rennes.

 

Les problèmes que nous avons à résoudre s'ils impliquent, à l'évidence, des orientations générales au niveau de l' Etat et de l' Europe, demandent en effet de véritables moyens à la base: le changement ne se décrète plus d'en haut, de façon uniforme, ce que la haute administration française a encore du mal à concevoir, manifestement. Notre demande doit aller au-delà de ce que nous avons déjà revendiqué dans le cadre du droit à l'expérimentation: eau, politique linguistique, gestion des fonds européens ... Pour un projet global et ambitieux de Bretagne 2030 tous les domaines sont concernés: culture, enseignement, recherche, transports, logement, développement économique, énergie, agriculture, mer... S'agissant d'agriculture et d'agro-alimentaire, comment ne pas penser que la régionalisation et la mutualisation des aides de la PAC auraient permis que cesse le scandale des 55 millions de subventions annuelles perçues par le groupe Doux pour l'aider dans sa stratégie d'internationalisation-délocalisation, au détriment des éleveurs et des salariés bretons ? On ne peut que partager l'objectf résumé dans l'intervention de la représentante de la CFDT au CESER: « développement de nouvelles stratégies industrielles de nature à réorienter les filières agro-alimentaires vers des productions à haute valeur ajoutée tout en sécurisant les parcours professionnels des salariés et en préservant l'avenir économique des territoires concernés, dans une démarche de développement durable ». Le chemin est ardu, sans doute, mais il n' y en a pas d'autre.

 

Je ne saurais terminer cette intervention sans relever que sur les trente sept députés de la Bretagne (je ne parle pas de Bretagne administrative, mais de la Bretagne, la vraie) 31 sont à gauche et que 20 candidats élus députés sur trente sept ont répondu favorablement au questionnaire de Bretagne réunie sur la Réunification. En 1981, François Mitterrand avait exprimé son intérêt pour ce projet. Cela n'avait pu aboutir. Aujourd'hui, en 2012, l'espoir est à nouveau permis. La volonté d'une majorité d'élus, appuyée sur l'opinion de 68% de la population des cinq départements, ne peut être ignorée d'un gouvernement qui veut placer l'exigence démocratique au coeur de son action. Le fait qu'un de nos anciens collègues, Jean-Jacques Urvoas, soit désormais président de la commission des lois devrait faciliter la reprise du dossier au niveau parlementaire, en lien avec la Ministre de la réforme de l'Etat.

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