Session plénière de mai 2011: campus numérique

Publié le par Groupe des élus UDB

 

UEBConseil régional de Bretagne

session plénière des 24 et 25 mai 2011

 

Convention-cadre entre l'Etat, la Région Bretagne et l'UEB relative au projet UEB C@mpus

 

intervention de Christian Guyonvarc'h

au nom du groupe « UDB, autonomie et écologie »

 

 

 

 

 

Monsieur le Président, chères / chers collègues,

 

En préalable nous souhaitons souligner la qualité du travail réalisé par l'Université européenne de Bretagne et insister sur les enjeux de la politique régionale en matière d'enseignement supérieur, de recherche et d'innovation.

 

Les acteurs du PRES (Pôle de recherche et d'enseignement supérieur) Bretagne travaillent ensemble depuis des années, la création de l'UEB en 2007 est venue concrétiser une tradition bretonne de partenariat particulièrement dynamique. Il faut saluer ce rassemblement des forces à l'échelle régionale, unique en France, alors que la tendance générale en matière d'enseignement supérieur et de recherche est plutôt de concentrer les forces et les moyens au niveau des grandes villes, des métropoles, tendance fortement encouragée par l'actuel gouvernement... Chacun imagine les conséquences pour les territoires les moins bien pourvus en équipements et les moins dynamiques sur le plan fiscal.

 

Le projet UEB C@mpusest exemplaire aussi en tant qu'investissement d'avenir pour la qualité des formations et de la recherche, le développement des coopérations internationales et la création d'emplois en Bretagne. La Région Bretagne et les futurs cofinanceurs bretons ont raison d'accompagner ce projet de façon ambitieuse comme nous le propose l'exécutif. Vous ne serez donc pas surpris si nous votons pour la convention-cadre que vous nous soumettez, Monsieur le Président.

 

Pour autant nous ne pouvons faire abstraction du contexte hexagonal de recentralisation et de métropolisation de l'enseignement supérieur et de la recherche. Parallèlement impossible de ne pas relever qu'avec le projet UEB C@mpusles collectivités bretonnes, Région en tête, sont appelées à contribuer financièrement au même niveau que l'Etat, alors même que l'enseignement supérieur est une compétence de l'Etat (et nous ne sommes pas de ceux qui pourraient s'en satisfaire), alors même que la loi du 16 décembre 2010 dite de réforme des collectivités territoriales tend à restreindre le champ d'intervention des Régions en dehors de leurs compétences obligatoires. Cette contradiction de la part de l'Etat entre les principes affichés et la réalité qu'il impose aux collectivités résume bien le rapport de forces qui caractérise un modèle de décentralisation en bout de course, une décentralisation à la française qui n'est pas seulement inachevée mais s'apparente à un attelage où les chevaux sont aussi les payeurs. Cette politique d'Etat dont la ligne est « Je ne vous reconnais pas de compétence dans tel domaine qui est ma chasse gardée mais je conditionne ma contribution financière à vos cofinancements » n'est plus tolérable, d'autant qu'avec les pôles d'excellence et la métropolisation le pouvoir central est en train de siphonner les territoires. A travers la situation exemplaire de l'enseignement supérieur on voit bien que ce sont les bases même du système français de décentralisation qui sont en cause. Dans un contexte juridique d'ouverture des universités publiques aux financements privés, une gouvernance régionale de l'enseignement supérieur, où la Région puisse poser ses conditions, s'impose plus que jamais. Si l'alternance politique intervient au plan français en 2012 comme le souhaite notre groupe, cette question devra être traitée dans un dialogue ouvert, franc et public entre le pouvoir central et les Régions.


Face à ce contexte hexagonal nous voulons dire notre étonnement à la lecture de la première phrase du préambule du rapport, je cite: « l'Etat entreprend un effort sans précédent en faveur de l'enseignement supérieur et de la recherche afin de placer la connaissance et l'innovation au coeur de notre économie... ». Nous nous doutons bien, Monsieur le Président, que vous n'avez pas tenu la plume; il n'empêche qu'il est demandé à notre assemblée d'accepter cette affirmation.

 

Dans ce contexte hexagonal défavorable la tradition bretonne de partenariat n'en est que plus nécessaire. Elle doit être encouragée et développée autour de quatre axes:

  • une stratégie régionale cohérente et lisible pour l'ensemble des acteurs bretons de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation,

  • une volonté partagée de développer l'ensemble du territoire régional, donc ses différents pôles, dans une logique soutenable,

  • la mutualisation et la recherche de complémentarité plutôt que la mise en avant de concurrences néfastes,

  • une plus grande visibilité de la Bretagne tant au niveau français qu'européen et mondial.

 

Quatre axes pour une économie de la connaissance qui serve toute la Bretagne et qui soit à la portée de tous les Bretons.

 

Le projet UEB C@mpusconsiste, sur le plan des infrastructures, à déployer une boucle numérique régionale à très haut débit dédiée à l'enseignement supérieur, à la recherche et à l'innovation. Cette boucle relie Rennes, Saint-Brieuc, Lannion, Brest, Quimper, Lorient, Vannes et Nantes et revient à Rennes. Nous notons avec satisfaction que Nantes, donc le 5ème département breton, est intégrée dans la boucle, même si la convention administrative qui nous est présentée ne l'évoque pas. Nous avons plaisir à penser que ce lien numérique est annonciateur de la réunification administrative de la Bretagne.

 

Deux réflexions pour conclure:

 

  1. l'institution régionale devra veiller à ce que le projet UEB C@mpus intègre bien tout le territoire régional, ce qui veut dire une intégration de Saint-Malo ainsi que du Centre-Bretagne. Sinon, à quoi bon se donner pour objectif un accès au très haut débit pour toutes les communes? Il faut être cohérent. D'ailleurs, s'agissant du Centre-Bretagne, il faudra intégrer les structures publiques et privées d'enseignement supérieur et de recherche de Pontivy et les projets de développement post-Bac du lycée Diwan de Carhaix qui pourraient fournir une opportunité de ce point de vue, y compris pour le développement des coopérations avec le Pays de Galles, un des leader mondiaux des énergies marines.

 

  1. Dernière remarque: le projet UEB C@mpus est tout à fait fondé à intégrer Nantes. Notre collègue Herri Gourmelen l'a souligné hier: dans un secteur aussi stratégique pour la Bretagne que les sciences marines le réseau breton des établissements d'enseignement et de recherche vient d'intégrer ceux de Nantes dans le cadre d'Axe Mer Ouest pour peser un ensemble de 1.500 enseignants et chercheurs et constituer ainsi un des premiers pôles mondiaux. La démarche n'est pas militante, elle est pragmatique. On peut penser ce que l'on veut de l'histoire de la Bretagne mais la géographie, elle, ne saurait mentir. La Bretagne maritime, la maritimité de la Bretagne, à laquelle vous êtes si attaché Monsieur le Président, ne peut se concevoir sans la Loire-Atlantique. Et il n'est pas anodin que ce soit les professionnels des sciences marines qui viennent nous le rappeler.

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