Session plénière de mai 2011: pacte électrique

Publié le par Groupe des élus UDB

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Conseil régional de Bretagne

session plénière des 24 et 25 mai 2011

 

communication sur la mise en oeuvre

du pacte électrique breton

 

intervention de Christian Guyonvarc'h

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur le Président, chères / chers collègues,

 

Cette communication se présente comme un relevé succint de l'évolution des chantiers du « pacte électrique breton » depuis sa signature officielle le 14 décembre 2010 et son passage formel devant le Conseil régional le 6 janvier dernier.

 

Nous apprécions cette démarche et souhaitons qu'elle soit renouvelée très régulièrement après chaque réunion plénière de la Conférence bretonne de l'énergie, soit devant la plénière du Conseil régional soit devant la commission permanente. La dernière réunion, la 5ème, qui s'est tenue le 19 avril, est aussi celle qui aura permis pour la première fois à notre groupe politique d'y participer.

 

Nous avons retenu de cette réunion du 19 avril plusieurs enseignements:

 

  • la consommation électrique régionale a connu une forte augmentation en 2010 (+ 6%) causée, nous a dit le représentant de RTE, aux 2/3 par la rigueur exceptionnelle de l'hiver, ce qui vient confirmer le diagnostic que nous avions posé le 6 janvier, à savoir que la prépondérance du chauffage électrique est un problème majeur auquel toute politique sérieuse de maîtrise des consommations devrait s'attaquer. Or le « pacte électrique » ne traite cette question que sous l'angle de l'isolation du bâti, pas sous celui d'une substitution du mode de chauffage.

  • 2ème enseignement: le volet « maîtrise de la demande d'électricité » du pacte électrique peine à se mettre en route. Ce constat, le préfet de région et vous-même l'avez établi, Monsieur le Président,

  • 3ème enseignement: en dépit d'une forte augmentation de la consommation régionale en 2010 la part de la production régionale dans cette consommation est passée en une année de 8,5 à 9,5% grâce à la montée en puissance de l'éolien et du photovoltaïque.

  • le 4ème enseignement concerne le volet « sécurisation des approvisionnements électriques »: le délégué régional d'EDF a informé l'assemblée que son entreprise envisageait de prolonger au-delà de 2015 l'activité des turbines à combustion de Dirinon et Brennilis. C'est un élément tout à fait nouveau par rapport au « pacte électrique breton » dont l'encre est pourtant à peine sèche. Or, on a tendance à l'oublier un peu vite, quand le projet de centrale électrique à gaz à l'ouest de la Bretagne est apparu dans la phase d'élaboration du « pacte électrique breton » en 2010 c'était comme équipement de substitution de ces deux équipements existants, à l'horizon 2015-2016, pour répondre aux pointes de consommation hivernale les jours de grand froid. Le discours officiel a évolué depuis mais c'était le positionnement initial.

  • le 5ème enseignement concerne l'engagement pris par l'exécutif régional, et c'est une évolution positive que nous saluons comme telle, d'intégrer dans la réflexion sur les moyens de stockage les possibilités de stations de transfert d'énergie par pompage, les STEP. Outre le cas emblématique de Guerlédan, d'autres sites de plus petite capacité existent en Bretagne, certains mis en avant par des maires, qu'il va falloir recenser et expertiser rapidement. Nous savons aussi que des STEP littorales sont techniquement réalisables. L'enjeu est double: d'abord valoriser aux heures de basse consommation l'électricité produite par les énergies renouvelables, en particulier l'éolien, terrestre aujourd'hui, offshore demain, ce qui contribuerait à consolider le modèle économique des énergies renouvelables, mais aussi disposer d'équipements capables de répondre très rapidement à des appels de consommation.

Au-delà de ces enseignements retirés de la réunion du 19 avril nous voulons, à l'occasion de l'examen de votre communication, souligner quelques données majeures:

 

Le site Bretagne Environnement nous apprend que le secteur du bâti est responsable en Région Bretagne de 67% des consommations électriques en tonnes équivalent pétrole. Or les lois issues du Grenelle de l'environnement ont fixé les objectifs suivants:

  • une réduction des consommations d'énergie du parc des bâtiments existants d'au moins 38% d'ici à 2020,

  • une consommation d'énergie primaire inférieure à un seuil de 50 kilowattheures par m² et par an en moyenne pour toutes les constructions neuves faisant l'objet d'une demande de permis de construire déposée à compter de la fin 2012 et, par anticipation, à compter de la fin 2010 s'il s'agit de bâtiments publics ou de bâtiments affectés au secteur tertiaire. A titre de comparaison la consommation d'énergie primaire dans le bâti existant en France est en moyenne de 162 kilowattheures par m² et par an. Il s'agit donc de la diviser par plus de trois dans le bâti à construire.

 

Si les pouvoirs publics sont encore tenus de faire appliquer les lois en France (est-ce le cas?), cela veut dire très clairement que, même dans un scénario prévisionnel de croissance démographique de +0,7% par an, la Région Bretagne doit se placer dans une perspective de stabilisation puis de diminution de sa consommation électrique globale d'ici 2020.

 

Pour tenir les objectifs fixés par la loi il faudra se donner les moyens de généraliser rapidement à l'ensemble de la Région le dispositif Vir'Volt qui fait ses preuves dans le pays de St-Brieuc. Son approche territoriale et systémique en fait un vecteur beaucoup plus efficace d'économies d'électricité que des dispositifs plus aléatoires du type Ecowatt.

 

Enfin je veux souligner ici que le projet de centrale électrique à gaz à cycle combiné que les concepteurs du « pacte électrique breton » voudraient imposer dans le nord Finistère ne pourrait produire qu'une énergie extrêmement coûteuse pour l'utilisateur puisque cet équipement consisterait à brûler du gaz dont la moitié environ serait tout bonnement gaspillée. Avec des prix du gaz et de l'électricité qui s'envolent il est facile de comprendre qu'une électricité obtenue en brûlant du gaz importé à 100% pèsera très lourdement sur le budget des ménages et les charges courantes des entreprises.

 

Ne nous y trompons pas. En 2009 les parlementaires français, en votant la Programmation Pluriannuelle d'Investissements 2009-2020 pour le secteur de l'électricité, avaient acté la construction de 10 centrales électriques à gaz à cycle combiné (CCG), dont celle de Montoir-de-Bretagne qui est entrée en service en octobre 2010. Ce choix était défendable car il s'agissait de remplacer d'anciennes centrales électriques au charbon émettrices de quantités nettement plus élevées de gaz à effet de serre (GES). Deux ans plus tard on n'est plus du tout dans ce schéma-là. Les projets de CCG se sont multipliés pour atteindre la quarantaine, ce qui se traduirait pour la France par une augmentation de ses émissions de GES, à l'opposé des engagements qu'elle a pris au plan international et européen. En outre, preuve que ces projets ne répondent pas à une problématique de territoires déficitaires en production d'électricité, un projet d'une puissance identique à celle de la centrale prévue dans le nord Finistère est programmé à Monchy-au-Bois (Pas-de-Calais). Pourtant en 2010 la Région Nord Pas de Calais a produit 47,5 milliards de kilowattheures pour une consommation de seulement 35,7 milliards. La motivation, à l'évidence, n'est pas de sécuriser l'approvisionnement en électricité de cette région mais de permettre aux actionnaires de l'entreprise qui obtiendra le marché d'enregistrer de juteux dividendes.

 

Le mot de la fin m'amènera à citer une excellente publication: « Cap Finistère », l'hebdomadaire de la fédération finistérienne du Parti socialiste; ça ne sera jamais que la deuxième fois en quelques mois. Dans l'édition du 6 mai dernier, dans un éditorial intitulé « Non au gaz de schiste » et signé sobrement PS 29 il est écrit ceci: « (…) tous les efforts doivent être orientés vers le développement d'énergies renouvelables et propres, et non vers la production de gaz destiné à être brûlé et donc à accroître encore l'effet de serre ». C'est assurément une magnifique pétition de principe.

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