Session plénière de mars 2012: politique linguistique

Publié le par Groupe des élus UDB

Session plénière du 29 mars 2012

Intervention Politique linguistique

Naig Le Gars


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Nous saluons ce rapport d'actualisation de la politique linguistique, très attendu depuis le premier texte voté en 2004, et qui exprimait la volonté politique de la Région Bretagne de prendre en main la reconnaissance et le développement des langues de Bretagne.

 

Sans vouloir comparer les deux démarches, je voudrais ici souligner les nombreux bons points et les quelques moins bons, au nom du groupe UDB, qui cela ne vous étonnera pas, suit cette question avec beaucoup d'intérêt et de vigilance.

 

Commençons par les premiers. Ce rapport est exhaustif, et couvre tous les domaines d'applications de la politique linguistique, en externe et en interne de l'institution régionale. Il insiste très justement sur le rôle de la transmission, et particulièrement de l'enseignement. C'est en effet le seul moyen de renverser la vapeur et d'enrayer le déclin de la pratique de la langue bretonne, sans oublier le gallo, qui a le double handicap d'être insuffisamment reconnu et insuffisamment soutenu. Cette lacune ne doit pas engendrer de frustration, mais au contraire, une plus grande émulation entre les deux langues, ainsi que des modes opératoires spécifiques au gallo, car rien ne serait pire et plus néfaste que la concurrence et l'animosité. Nous pouvons espérer qu'une prochaine ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires, aidera à trouver les bons outils. Il conviendrait en la matière de mettre en place un plan d'actions concertées et coordonnées, à partir des initiatives sociales sur le terrain, avec des objectifs précis et un calendrier.

 

Le rapport détaille aussi la place des langues dans l'institution régionale. Il faut reconnaître une réelle avancée en la matière, notamment dans la communication. Il reste des progrès à faire dans le domaine des transports et toutes les structures financées par la Région en particulier concernant les politiques de pays et EcoFaur. Le bilinguisme fait partie des critères d'appréciation des projets, mais n'est pas suffisamment pris en compte. Nous attendons maintenant que la «charte d'utilisation des langues de Bretagne dans le fonctionnement et les politiques de la Région» soit réellement appliquée et mise en œuvre. A ce propos, il serait pertinent de mettre en place une réelle évaluation de la politique linguistique au niveau de l'institution régionale. Je ne me prononce pas ici sur sa composition, mais elle devrait être indépendante et incontestable. Je lis en page 65 «qu'un groupe de travail politique linguistique a été mis en place au sein de l'assemblée, en charge de réfléchir à la mise en œuvre de la politique linguistique et de suivre son application». Mais je ne reconnais pas dans celui dans lequel je siège, la réalité de cette mission. Et encore faudrait-il que ce groupe soit reconnu et sollicité.

 

C'est là que j'arrive au point de déception que j'exprime au nom de l'UDB et de la démocratie. A savoir que nous n'avons guère eu l'occasion de nous exprimer dans la rédaction de ce rapport, ni dans la mise en œuvre de la politique linguistique de la Région en amont de ce rapport et en général. J'exprime ici une vraie déception, que l'on peut interpréter comme une défiance à notre égard. Bien sûr, nous rétorquera-t-on, le paysage institutionnel a évolué avec la mise en place d'un vrai service -quoique modeste- de politique linguistique, travaillant en lien avec l'Office de la langue bretonne dont le statut public a permis un saut qualitatif. Ce à quoi je réponds qu'une politique relevant de ce sujet, si sensible, voire passionnel, doit rechercher le consensus et se réaliser par l'échange, et non être conduite par une minorité, ou par des spécialistes, fussent-ils compétents. Elle doit-être partagée, et animée. Or elle ne l'est pas suffisamment et cela peut créer des tensions ou des malentendus, préjudiciables à son acceptation, et donc à sa mise en œuvre. On le voit bien avec le rapport du Conseil Culturel, qui souligne la non prise en compte de ses préconisations, et qui, lui non plus, n'est pas sollicité, alors qu'il a quand même été créé pour cela!

 

Nous demandons donc fermement plus de concertation en interne et en externe, avec des réunions thématiques, associant les partenaires suivant les thèmes. Nous demandons également que la Présidence de l'office publique soit séparée de la vice présidence de la Région. C'est une question de transparence et de séparation des pouvoirs que nous revendiquons depuis le début du processus de la création de cet établissement public.

 

Un autre point mérite d'être souligné. C'est le manque de transversalité de la politique linguistique. Si nous approuvons son intégration au service formation, eu égard à l'importance de l'enseignement et de la formation, elle doit aussi apparaître dans les autres services, et y compris au sein même de la commission formation, que mon collègue Yannig Bigouin et moi même avons pris l'initiative de solliciter pour un projet de formation d'auteurs en langue bretonne. Je pense aussi à la mission culture, qui doit traiter tous les dossiers relevant de sa compétence. Sinon, on risque d'enfermer les expressions en langues bretonne et en gallo dans un ghetto et les limiter financièrement. Je ne sais pas s'il y a des concertations à ce sujet entre les deux services, mais cela ne transparait pas dans le rapport. Il va d'autant falloir élaborer une stratégie très fine sur la question des dossiers culturels que les départements se désengagent, notamment le Finistère, et supprime arbitrairement les subventions à Dastum et aux associations de théâtre notamment, ce qui crée beaucoup de remous.

 

Suite à l'inquiétude exprimée par le syndicat FSU d'une possible régionalisation du statut du personnel enseignant dans le cadre de la régionalisation de l'enseignement bilingue, des éclaircissements s'imposent. La régionalisation devra s'appliquer à la carte scolaire sans rien changer du statut des enseignants. Mais enfin, il faut savoir ce que l'on veut! L’État dépense, si on en croit les chiffres, 27€ pour l'enseignement bilingue, mais, diantre, qu'on nous les donne! Au mois de janvier dernier, je me suis rendue au Pays de Galles avec une délégation du Parlement européen pour y étudier l'enseignement bilingue. Il y connaît un grand succès, grâce en grande partie à la dévolution, c'est à dire l'autonomie (sachant par ailleurs que les enseignants sont payés par Westminster, l'Etat). 20% des enfants bénéficient d'une éducation en gallois (et tous les élèves ont du gallois dans leur cursus), les projections prévoient à moyen terme 30 à 40% d'élèves scolarisés en gallois. Ici, nous sommes à peine à plus de 3%... Et malgré la demande qui augmente, malgré l'Office qui fait un travail de prospection et d'encadrement remarquable, malgré aussi le soutien des municipalités, les ouvertures (rappel du taux de croissance: 5,58% dans le public) et la continuité des filières bilingues sont toujours très difficiles.

 

Face à cette situation plus que critique de la langue bretonne, nous réitérons notre demande de transfert de compétence à la Région en matière de politique linguistique et espérons voir nombre d'entre vous à la manifestation de samedi à Quimper!

Publié dans Culture et Sport

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