Voyage d'étude: l'UDB toujours contre le projet de centrale de Landivisiau

Publié le par Groupe des élus UDB

la-centrale-de-toul-utilisera-une-technologie-comparable-a-.jpgIci, centrale de St Avold

 

Groupe des élu-e-s régionaux
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VOYAGE  D'ÉCHANGES  TECHNIQUES  ET  POLITIQUES AUTOUR   D'UNE  UNITÉ  CYCLE COMBINE  GAZ EN VUE DE LA MISE  EN PLACE DU PROJET DE  LANDIVISIAU
En Lorraine et en Allemagne du mercredi 3 au vendredi 5 octobre 2012

Dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte électrique breton, le Conseil régional de Bretagne organisait un déplacement à Toul en Lorraine et à Berlin en Allemagne pour une délégation de seize personnes, élu-e-s et techniciens du Conseil régional de Bretagne et de la commune
et de la communauté de communes de Landivisiau, Syndicat départemental d'électricité et associations environnementalistes CANE-FNE et Bretagne Vivante-SEPNB.

A Toul, nous avons visité le site en fin de travaux de la Centrale cycle combiné gaz (CCCG) construite par Siemens pour Direct-énergie et y avons rencontré des élu-e-s locaux et les industriels du site.


A l'Ambassade de France à Berlin, nous avons rencontré la DENA (équivalent de l'ADEME), Greenpeace Allemagne, un ministre Vert du Land du Bade-Wustemberg, le directeur général du ministère fédéral allemand de l'environnement, du climat, de l'énergie et de la sécurité nucléaire.

Si je peux souligner la qualité du programme et de l'organisation du voyage d'échanges, je dois regretter que pendant deux jours tous les intervenants qu'on nous a fait rencontrer aient eu tendance à reproduire le même discours. L'information était unilatérale et, n'étant pas contradictoire, manquait d'objectivité. Le discours commun était  : "les CCCG sont flexibles, polluent beaucoup moins que les centrales conventionnelles,  servent la transition énergétique qui va durer une cinquantaine d'année, elles sont l'entrée industrielle pour l'avenir énergétique".


Le titre du débat à l'Ambassade de France à Berlin était : Le tournant énergétique en Allemagne - Souplesse et efficience des centrales à cycles combiné gaz-vapeur face aux fluctuations de la production d'électricité à partir des énergies renouvelables.

Pourquoi vouloir plaquer sur la réalité énergétique de la France et de la Bretagne un modèle de sortie accompagnée du nucléaire choisi par l'Allemagne dans un contexte totalement différent ?

L'Allemagne sépare depuis longtemps déjà les réseaux chaleur des réseaux électriques. Son électricité provient en 2012 à 7% du nucléaire, à 34% des énergies renouvelables et à 59% des centrales charbon-lignite très polluantes, surtout en CO2. Après Fukushima, une loi a été votée en deux mois, programmant la sortie totale du nucléaire pour 2022, avec pour  2050 un objectif de 70% d'électricité renouvelable. Et les 30% restants ? Achetés à la France et à l'Espagne : "
Nous invitons nos amis et voisins français à installer des CCCG chez eux, ils pourront nous vendre leur électricité" avons-nous entendu à plusieurs reprises .....Entre 2012 et 2050, la diminution des émissions de CO2 en Allemagne se fera grâce au remplacement progressif des centrales charbon-lignite hyper polluantes par des centrales cycle combiné gaz (CCCG) qui émettent  moins de CO2. Des industriels aux politiques, en passant par les écologistes, tous défendent ce scénario de sortie du nucléaire et du charbon-lignite.

Et en France ?  La France a fait depuis les années 50 le choix du nucléaire qui, s'il n'émet pas de CO2 pendant le cycle de production, présente des dangers autres. Imaginer la transition électrique par l'abandon progressif du nucléaire au profit de CCCG, c'est multiplier la quantité de CO2 émise par la France ; c'est, cumulé avec la consommation allemande de gaz necessaire à l'alimentation des CCCG, augmenter la dépendance énergétique  européenne alors que la disponibilité de la ressource fossile qu'est le gaz est aléatoire comme l'est son prix. Pour la France la question est : comment sortir d'une production d'électricité à 75% nucléaire ?

L'efficacité énergétique doit être  LE  pilier complémentaire des énergies renouvelables
appelées à remplacer le nucléaire. Les politiques publiques doivent orienter leurs efforts vers la lutte contre la précarité énergétique, dabord en instaurant des aides pour la transformation des logements actuels en logements à énergie positive comme le font l'Allemagne et ses Lander qui ont sur la France centralisée une avance de douze années dans la sortie du nucléaire, dans le développement des énergies renouvelables et dans l'efficacité énergétique.

Aujourd'hui, après la construction de l'Europe autour de l'acier et du charbon, après la monnaie commune, l'ère de l'Europe de l'énergie s'ouvre dans une dialectique entre 
décentralisation et européisation de la production, du stockage et de la distribution de l'énergie dont l'électricité n'est qu'une des formes. Le marché européen de l'énergie solidaire et durable est à organiser et à mutualiser entre les Régions par des interconnexions et un réseau intraeuropéen. Mais ceci ne doit pas exonérer chaque Région de la recherche de son autonomie énergétique à partir de la sobriété dans les comportements, de l'efficacité et d'un panier d'énergies renouvelables adapté aux potentialités de chaque territoire.

Et en Bretagne ? Victime de la double peine du chauffage électrique imposé depuis les années 1980 par l'appareil d’État au service de l'industrie nucléaire, et de sa périphéricité vécue comme un handicap et un reproche, la Bretagne voit chaque année agiter le chiffon rouge de la menace de "black out" électrique. En réponse à la question de l'énergie en Bretagne, le Pacte électrique breton, s'il propose dans son trépied deux axes auxquels l'UDB souscrit, en propose un troisième que nous dénonçons depuis le départ : une  CCCG en Bretagne pour répondre aux tensions sur le réseau électrique en période de pics de consommation les jours de grand froid. Le projet de Ploufragan, rejeté par la population et les élu-e-s (d'ailleurs la communauté d'agglomération du pays de Saint-Brieuc a refusé de signer le Pacte électrique breton), est ressorti des cartons sous la forme d'un appel à projet d’État, et la commune de Landivisiau s'est déclarée prête à accueillir cette CCCG sur son territoire.

Ce voyage d'étude à Toul et à Berlin ne m'a apporté aucune raison de changer d'avis : la CCCG en Bretagne est inutile, polluante et couteuse.

Inutile ? Oui, car le Pacte électrique Breton lui-même prévoit de faire passer la production d’énergie renouvelable des 8% actuels, produits par l’usine marémotrice de la Rance et l’éolien terrestre, à 34% en 2020, soit dans 7 années seulement alors que le projet de CCCG de Landivisiau doit être opérationnel en 2016 si tout se déroule comme prévu par Direct-énergie.....
Polluante ? Le président socialiste de la Région Lorraine lui-même a émis  un avis défavorable au projet de centrale à Hambach (contrairement à ce qui nous a été dit par un élu UMP de Toul), au motif qu' "il augmenterait à lui seul de 15%, soit 2,6 millions de tonnes par an, les rejets de CO2 en Lorraine". Comment une CCCG si polluante en Lorraine ne le serait-elle  pas en Bretagne ? D'ailleurs Direct Energie a vu aussi son projet de  Verberie dans l’Oise rejeté par le Tribunal Administratif.
Coûteuse ? Comparons les 450 à 600 millions d'euros d'investissement de chaque CCCG aux 1,5 milliard d'euros injectés chaque année depuis 2009 par l'Etat fédéral Allemand et les Lander dans les travaux de transformation des logements actuels en logements à énergie positive. Où est le meilleur investissement ? Dans l'énergie que l'on ne consomme pas et dans la solidarité  sociale énergétique.

A l'évidence la récente directive européenne sur l'efficacité énergétique, adoptée par le Parlement européen en septembre 2012 et que les Etats vont devoir transposer en droit national dans les 18 mois, et la Feuille de route pour la transition écologique présentée par François Hollande en ouverture de la Conférence environnementale, dont les orientations vont s'imposer à la Région Bretagne comme aux autres territoires en France, doivent conduire à une révision du Pacte électrique breton signé en décembre 2010.

Mona BRAS
pour le groupe des élu-e-s régionaux UDB-Autonomie et écologie.

 

 

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Publié dans Energie

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